15/06/2010

L'intime image d'Anne De Gelas

 

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Les carnets d'Anne De Gelas, je n'ai pas encore pu m'en approcher pour de vrai. Les seules images de doubles pages que je connaisse me viennent d'un site internet, le sien, et de quelques icônes dénichées par hasard sur facebook, grâce à un lien je crois sur la page de Severine Thevenet. Alors j'essaie de remonter le cheminement. Je me demande comment et pourquoi peut avoir lieu cette rencontre, imprévue mais attendue, avec un travail qui résonne à ce point dans ce que j'ai pu tenter par ailleurs (en essayant d'inventer des livres aux enfants ). Ces carnets, au fil des ans, portent des titres de plus en plus simples, indiquant peu à peu tout le projet d'une existence : "sur une intimité... qui m'inquiète", en 2005. "portrait d'outre-voix", en 2006. "le secret ... ou la question du journal intime", en 2008.

En 2010, l'exposition qui vient de s'achever au Centre culturel Jacques Franck, à Bruxelles, portait pour titre "JE SUIS ICI" . C'est bien assez pour indiquer à quel point ces carnets viennent raconter l'étrangeté de notre présence au monde. Ce récit, les carnets l'approchent à la première personne, dans l'identité d'Anne De Gelas, dans les journées d'une maman et d'une femme amoureuse. La force élémentaire de ces carnets est de garder la trace des repentirs et des doutes, autant de ratures que de renoncements dont les pages, l'une après l'autre, gardent trace. Une trace à la fois simple et en même temps miraculeuse. Les photos semblent attester que ce n'est pas une fiction, que l'homme aimé n'est pas le personnage d'un roman puisque nous découvrons ici son visage au fil des ans, et que l'enfant pour lequel on s'inquiète a bien les vêtements et les jeux d'un enfant d'aujourd'hui. Ce n'est pas une fiction, c'est la vie dans son désordre. Les carnets en capturent le reflet par fragments. L'espace d'une page est bien moindre que l'espace d'une journée dans la vie d'une jeune femme au regard aiguisé. Mais cette disproportion ne suffit pas à annuler le projet de tout dire. Les photos et les dessins permettent d'amplifier le récit, de l'incarner dans la proximité quotidienne des corps et des objets quotidiens. Une chimie très affective semble opérer. Il y a bien, sous nos yeux, une forme de présence qui peut se perpétuer de page en page. En lisant et en regardant, j'apprends à connâitre cet enfant qui grandit et cet homme qui sait aimer. Je crois que je pourrais les reconnaître s'il m'arrivait de les croiser dans une rue de Bruxelles. Et cette reconnaissance au hasard des inconnus qu'on croise, je ne sais pas comment dire autrement, je crois que je la prends pour une magie élémentaire.

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18/04/2010

Te revoilà, déesse

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Raymonde April. "Te revoilà, déesse. ( triptyque )" 1980.
épreuves argentiques de 40,5cm x 50,5 cm

 

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Raymonde April. 1979.
épreuve argentique, 40,5cm x 50,5 cm

 

26/03/2010

Premièrement

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21/03/2010

Rien ne compte pour vous que ceci : écrire

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"Quand paraît chez Gallimard l'édition Quarto, il y a une photo de vous, une photographie de Richard Avedon, à la une du Monde. Et je vois votre regard. Vous regardez l'objectif, droit devant, le regard est présent, tellement, vous ne regardez personne, moi, peut-être, puisque c'est moi qui vous regarde en ce moment, comment savoir, non je crois que vous êtes perdue, que le regard voit ce qui ne se voit pas, vous êtes au-delà de la présence. Je regarde encore cette photographie, je la découpe, je la scotche sur le mur en face du lit. Je ne vous regarde plus."

Yann Andréa, Cet amour-là.

15/03/2010

Les images originelles d'Andrzej Maciejewski

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Andrzej Maciejewski - Worlds
- Prague, République Tchèque, 2005

C'est un travail qui retourne aux origines de la photographie, une démarche suffisamment obstinée au fil des années pour fasciner. Pour enseigner aux enfants, Andrzej Maciejewski a mis sur pieds des ateliers Camera Obscura, destinés aux collégiens et lycéens de l'Ontario où il réside, près de Kingston. Un bel exemple d'obsession mise en partage à destination des enfants, A. M. part des lois fondamentales de l'optique pour expliquer les principes et la pratique du sténopé. Originaire de Pologne, A.M. a étudié la photographie à Varsovie avant d'émigrer au Canada en 1985, où il a fondé le Studio Klotzek, puis l'atelier Camera Obscura.
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06/03/2010

La légende de Walter Benjamin

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Jochen Gerz "Life", 1974

Photo/texte : le dispositif a la vie dure, malgré l'obsolescence et la dépréciation annoncée de l'une et de l'autre. Il vieillit lui aussi, certes, mais il garde des ressources. On le voit tanguer, basculer vers l'une, revenir vers l'autre, choc et contre-choc, poids et contrepoids. Un temps, ce dispositif a paru solidement ancré par une puissante utopie théorique et politique, celle décrite par Walter Benjamin qui attribue à la légende de l'image le pouvoir (et le devoir) d'en stabiliser le sens. "La légende, a-t-il pu écrire, ne deviendra-t-elle pas l'élément le plus essentiel du cliché ?"

Régis Durand, Préface à Les témoins, Jochen Gerz, Printemps de Cahors, 1998

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Jochen Gerz - The Tasman woman

Installation

6 photographies et 1 texte
Chaque cadre : 40 x 50 cm
(installation aux dimensions variables)
Mervyn Horton Bequest Fund 1987

 

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28/02/2010

Quatre images

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Jim Goldberg, Africa 4

Si « habiter » est le propre de l’homme, alors pourquoi accepte-t-il aussi souvent l’inhabitable ?

C'est l'une des questions que pose le livre de Thierry Paquot, Michel Lussault et Chris Younès : Habiter, le propre de l'humain. C'est aussi la question que posent les montages photographiques de Jim Goldberg dans le projet « Open See » . Fragment d'un travail plus vaste encore et intitulé « The New Europeans », documentant l'exode de réfugiés victimes du trafic  organisé des humains, venus en Europe pour y refaire leur vie.

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Jim Goldberg, Africa 3
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Jim Goldberg, Bangladesh 3
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Jim Godberg, Greece 12

25/02/2010

Avec mes yeux

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couverture.jpg25 portraits d'enfants. Face à eux le photographe, Yannick Lecoq, leur a demandé de « poser devant l'appareil sans aucune expression.» Les regards ne fixent pas, accrochés au vide face à eux. Le livre s'ouvre sur deux cahiers bien distincts : Celui de gauche renferme les textes, celui de droite, les clichés. Si bien que le lecteur peut feuilleter l’un, tout en lisant l’autre, découvrant simultanément des regards enfantins particulièrement intenses et les mots qui s’y rapportent, dans leur langue d’origine, en français pour la plupart d’entre eux, mais également dans leur traduction allemande.

Les enfants des photographies vont le matin à l’école maternelle du Plessis Grammoire, un village près d’Angers. « L’instituteur souhaitait une galerie de portrait d’enfants, sans sourire, sans expression, presque des photos exigées désormais pour les documents d’identité. L’idée me plaisait » dit Yannick Lecoq.  Qui d'autre qu'un poète pour raconter le questionnement d'un visage à 5 ans ? Ils seront 29 à accepter d'interroger ce regard par les mots. Verlag im Wald, l'éditeur allemand, décide de traduire chacun des textes en allemand, ce qui donne pour finir un livre vraiment à part.

«
Les visages des enfants n’expriment aucun désir. Le photographe les a pris en photo au moment où toutes les aspirations et pulsations se sont retirées dans les angles secrets du corps ou de l’esprit. Mais les enfants ne paraissent pas moins vivants parce qu’ils retiennent ou cachent leurs émotions », précise John Taylor dans la préface du livre.

Deux extraits juste. Le premier de Mohammed El Amraoui :

ouverts / fermés, mystérieux :
Et chaque fenêtre ouverte, mais on dirait comme une bouche cousue.

Le second d'Antoine Emaz :

Mais les enfants creusent du dedans, posent le visage comme masque.

Et les 29 : Paul Badin, Hervé Bauer, Jean-Louis Bergère, Daniel Biga, Alexandra Bougé, Didier Bourda, Olivier Bourdelier, Bernard Bretonnière, Christian Bulting, Patricia Cottron-Daubigné, Christian Degoutte, Ludovic Degroote, Pierre Dhainaut, Nicole Drano Stamberg, Mohammed El Amraoui, Antoine Emaz, Claude Favre, Albane Gellé, Fred Griot, Cécile Guivarch, Roger Lahu, Thierry Le Pennec, Camille Loivier, Henri Meschonnic, Fabio Pusterla, James Sacré, Jean-Claude Touzeil, Pierre Antoine Villemaine.

24/02/2010

On peut rêver

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Boris Bendikov & Leonid Tishkov, Private Moon, 2003-2005.

C'est une espèce de poème visuel, découvert dans l'un des livres empilés sur la table de cuisine d'Hélena. Il n'y avait qu'une image dans le livre, mais j'ai noté les noms des deux auteurs pour en chercher d'autres et j'ai bien fait. Le fait qu'ils soient russes tous les deux, qu'ils photographient un pays de neige comme s'il s'agissait du lieu d'un conte agissait comme une promesse et décuplait l'attente d'autres images.

"Private Moon" raconte l'histoire d'une passion, celle d'un homme qui rencontre la lune, lui offre du thé et des pommes puis décide de passer sa vie avec elle. Ensemble ils traversent le fleuve en bateau, jusqu'au pays des arbres où l'homme revêt les habits de son père mort.

"En passant les frontières des mondes par d'étroites passerelles, en se plongeant dans le rêve afin de protéger sa vie spirituelle, l'homme se transforme en créature mythologique qui vit dans le monde réel comme dans un conte de fées."

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22/02/2010

Amelia's world

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Feathers, 2007

Robin Schwartz mène, depuis plusieurs années, un travail avec sa propre fille dont elle essaye de saisir le rapport, fait de mystère et de légendes avec le monde animal. Amelia's world est d'abord un livre qui vient de paraître aux Etats-Unis, édité par Tim Barber grâce à la fondation Aperture. Ces images donneront lieu à une expositon personnelle en février 2009, à la Point of View Gallery, à New York. La photographe insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de documents mais de mondes inventés, un accès aux rêves qu'elles partagent en tant que femmes, filles uniques toutes les deux, intimes d'un monde animal où résonnent contes et légendes, amies d'animaux qui sont devenus des confidents autant que des compagnons de solitude.

Women in Photography : Robin Schwartz

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Investigation, 2007

20/02/2010

Jim Goldberg - Raised by Wolves

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Jim Goldberg - Raised by Wolves

"Mon travail repose sur la confiance", explique Jim Goldberg et on veut bien le croire. Chaque photo en apporte la preuve. "Je n'arrive pas à travailler correctement en me contentant de mitrailler mon sujet, même si certains diront le contraire. J'ai vraiment l'impression que l'intimité et la confiance me guident dans mon travail".

Entré chez Magnum Photos en 2002 en tant que membre associé, Jim Goldberg en est devenu membre à part entière en 2006. Pourtant, sa façon de raconter la réalité n'a pas grand chose à voir avec le photojournalisme.

Après avoir étudié la photographie à l'Art Institute de San Fransisco, Jim Goldberg se met à combiner image et texte pour essayer de manifester une réalité humaine dans toute sa profondeur. Le livre Rich and Poor, publié en 1985, est le fruit d'une divagation entamée en 1977 à travers le monde des chambres d'hôtels miteuses avant de se poursuivre dans les intérieurs opulents de la bourgeoisie américaine.

Ce livre prend la forme d'une série de portraits, chaque photo étant accompagnée de notes manuscrites décrivant les réactions ou les émotions ressenties par le sujet lorsqu'il s'est retrouvé confronté à sa propre image. Cette juxtaposition des deux extrémités de l'échelle sociale est le résultat d'une étude approfondie du mythe américain, qui explore le portrait de manière innovante, en montrant bien sûr l'apparence extérieure de l'individu, mais aussi ses pensées intérieures, afin de le représenter dans sa plus totale globalité.

JGNY.jpgJim Goldberg poursuit cette approche intime dans Raised by Wolves, un autre livre étourdissant où il explore les origines de la délinquance juvénile aux États-Unis. L'objectif de Goldberg a suivi plusieurs adolescents rencontrés dans les rues de Los Angeles à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Ces jeunes s'ouvrent sans complexe au photographe ; beaucoup se révèlent terrifiés par la violence, d'autres font part de leurs espoirs et ambitions. En combinant photos, interviews, notes personnelles et fac-similés, Goldberg parvient à produire une sorte de scrapbook d'émotions brutes. 

Le travail de Jim Goldberg est sollicité par de nombreux magazines, tels que "Details", "George", "Flaunt", "Nest" et "The New York Times Magazine". Il expose depuis plus de vingt ans. Son travail auprès de différentes sous-cultures sociales et sa manière innovante de combiner images et texte font de son travail une aventure à part dans la photographie contemporaine. Il travaille actuellement sur une autobiographie fictive et prépare un reportage sur les immigrés en Grèce. Il est également professeur d'art au College of Arts and Crafts (Arts et Métiers) de Californie.

19/02/2010

Une photo d'Amélie

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Annie m'envoie une photo prise par une enfant que je n'ai jamais rencontrée. D'elle je ne sais que son nom. Et qu'elle a attendu l'oiseau pour prendre la photo d'une fenêtre, l'envoyer à celle qui aime autant les fenêtres que les jardins de Pierre Bonnard. Je peux retourner lire Brodsky sous la pluie, en gardant l'image d'Amélie comme écho aux questions de l'écrivain : "Qui d'autre que la mer peut regarder les cieux face à face ?"

Et les poèmes se gorgent d'eau parce qu'en marchant j'apprends leurs mots l'un après l'autre. La mésange de l'enfant-photographe me sert de boussole pour indiquer devant la première joie : au nord le vent plus tiède de février, et dans le vent l'odeur de neige encore, bien au contraire des boues où je patauge. Le livre est maintenant trempé et pèse le poids d'un animal entre mes mains. Quand je rouvre les yeux, la pluie m'explique autour le ruissellement général des luisances, l'alignement des gouttes au long des branches. Pour qui veut voir, les premières perles donnent une vision des eaux du ciel comme un fragment.