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24/09/2009

Les noms de chaque visage sur les anciens clichés

Le nom de chaque visage

Il n'y avait pas de gare à Halabjah, pas de bus si l'on voulait s'y rendre depuis Kirkuk ou Mosul ; c'était un cul-de-sac au bout du Kurdistan Irakien ; Avec à l'est la frontière Iranienne, si bien que la route n'allait pas plus loin que ce bourg, comme si l'on avait fini par arriver au bout du monde. Le temps de reprendre son souffle, on comprenait pourquoi ce lieu ne pourrait plus s'effacer de la mémoire. Halabjah était un lieu de survie à l'écart. Et parce que la vie là-bas recommençait, j'étais prêt à y retourner prendre en photo les obstinés qui s'acharnaient dans les rues. J'étais prêt à photographier les visages, apprendre à ne pas oublier ces blessures dans leurs voix, cinq ans après, les voix de ceux qui étaient revenus pour y déblayer les décombres. Malgré la poussière et l'eau empoisonnées, malgré le nombre des tombes et des fosses communes qui avaient fini par encercler le village, ils déblayaient en continuant à chanter, si bien que leur chant avait fini par intégrer aussi le grain de la poussière.

J'avais noté les noms de chaque visage sur les anciens clichés, et je voulais découvrir maintenant ce qu'ils avaient pu devenir. Dans l'avion pour Bagdad je priais, moi qui n'ai jamais appris la moindre prière. Parce que ce sont nos frères. Je priais parce que ce sont nos frères. Si par miracle ils avaient trouvé la paix, celle qu'on peut éprouver en reconstruisant les murs d'une autre maison à partir des décombres de l'ancienne, ou bien s'ils continuaient d'errer de camp en camp au milieu des réfugiés, victimes presque sans forces et sans espoir, habitants d'un épicentre où les violences ne pouvaient pas cesser. Ils l'avaient appris sous les bombes, ils étaient Kurdes et en Irak c'était devenu pire qu'une malédiction, comme ils avaient appris ensuite que les frontières leur resteraient fermées, infranchissables avec femme et enfants.

Photo Emmanuel Smague : The martyred city of Halabjah

 

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