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13/10/2009

Арсений Александрович Таковский

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Autoportrait © Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

Arseni Aleksandrovitch Tarkovski, le père d'Andreï le cinéaste, était poète. Un poète qu'on commence à peine à lire en France grâce aux éditions Harpo (Jour d'hiver, poèmes traduits du russe par Christian Mouze, Harpo, 2001) ou Yellow now (Jean-Christophe Ferrari, Le Miroir de Andreï Tarkovski, Yellow Now, Côté films #14, 2009). Dans Le temps scellé, Andreï parle d'un poème de son père en voix off d'un film qu'il n'avait pu réaliser :

« Enfant, je fus malade
De faim comme d'effroi. J'ôte la peau des lèvres,
Les lèvres, je les lèche ; et je me rappelais
Cette fraîche saveur à peine un peu salée.»

Et maintenant les images telles que je les imagine :

Plan 1 : Plan général. Prise de haut, une ville à l'automne ou au début de l'hiver. Zoom avant lent sur un arbre contre un mur de monastère en crépi blanc.

Plan 2 : Plan rapproché. Panoramique bas-haut avec zoom avant simultané : une flaque d'eau, de l'herbe, de la mousse, filmées en gros plan, qui doivent apparaître comme un paysage. Dès le premier plan, on entend le bruit de la ville, brutal, persistant, qui diminue et s'arrête complètement à la fin du plan 2.

Plan 3 : Plan rapproché. Un feu de camp. Une main tend vers la flamme hésitante, presque éteinte, une enveloppe vieillie et froissée. Celle-ci prend feu. Panoramique bas-haut. Le père (l'auteur du poème) se tient près d'un arbre. Il regarde le brasier. Il se penche, visiblement pour raviver le feu.
Elargissement à plan général. Vaste paysage d'automne. Il fait gris. Loin, au milieu des champs, le feu de bois brûle. Le père ravive le feu, se tourne et s'éloigne de la caméra à travers le champ.
Zoom avant lent jusqu'à plan moyen. Le père continue à marcher. Zoom avant pour conserver la même proportion dans le cadre. Se tournant progressivement, il se place de profil et disparaît parmi les arbres. D'où apparaît son fils qui marche dans  la même direction.
Zoom avant lent sur le visage du fils qui, en fin de plan, sera presque collé à la caméra.

Andreï Tarkovski, Le temps scellé, Editions de l'étoile - Cahiers du cinéma, 1989, p. 85-87.

Le père et le fils parvenaient à se parler à travers films et poèmes. Tous deux travaillaient à construire quelques images, aussi manquantes que nécessaires. Ils imaginaient travailler à une oeuvre commune, ce qu'ils n'ont pu faire puisqu'Andreï avait choisi l'exil pour continuer à travailler. « L'image est quelque chose d'indivisible et d'insaisissable, qui dépend autant de notre conscience que du monde réel qu'elle tend à incarner. Si le monde est énigmatique, l'image le sera aussi. elle est une sorte d'équation qui désigne la corrélation existant entre la vérité et notre conscience limitée à son espace euclidien. Nous ne pouvons percevoir l'univers dans sa totalité. Mais l'image peut exprimer cette totalité. » (Le temps scellé, p. 100)

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Nostalghia © Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

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