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01/11/2009

Une photo sur le mur

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Avignon, septembre 2008 © Taraf Zelie Bordela

Dans la rue les mots qu'on écrit sur les murs n'ont pas d'avenir, messages éphémères à l'abandon face aux pluies. Bientôt, les fumées d'échappement les effaceront avec la rouille qui viendra les ronger. Personne n'aura l'idée de regretter les mots PENSER À TOI. Il arrive aussi que dans la rue des mots déjà anciens se fassent piéger par une image. Plus tard, la photo pourra être tirée sur papier par quelqu'un qui est prêt à payer pour emporter cette image. Un jour, quelqu'un l'accrochera au mur d'une chambre où dort une femme et parfois son enfant. La nuit dans le noir la photo refletera les lumières de la rue. Il ne faut pas avoir peur des reflets, ce sont des lumières sans intention qui frappent au hasard des brillances, éclats presque indolores à l'intérieur de l'insomnie. 1811428563.jpgPourtant, la nuit dernière les phares d'une mercedes inondaient de lumière jaune les flaques de pluie tout autour de l'immeuble. Dans les reflets que l'eau renvoyait vers le mur de la chambre, une petite goutte de lumière était tombée sur le visage au milieu des deux mains. Etrange reflet qui ne s'en allait plus. La femme ne dormait pas mais écoutait tout le sommeil de son enfant, les yeux rivés à ce visage sur le mur, dans le reflet qui continuait de trembler sous le vent. Son visage à elle, longtemps absent des portraits qu'elle essayait dans le miroir de faire d'elle, il lui fallait l'apprendre, le reconnaître. Et maintenant le sommeil s'en allait, le visage occupait ses pensées et quand les phares s'éteignirent avec le bruit du moteur, elle  bascula en travers de son lit pour allumer la petite lampe avec laquelle elle lit souvent le soir. Le visage était là, juste au dessus des mots PENSER À TOI, il n'avait pas disparu et elle voulait le garder, en faire une image protectrice pour apprendre à s'aimer.

T.

L'autre photo est de Madeline Roth.


Commentaires

Joli texte mais les photos éloignent l'objet ou la femme qu'on désire.
Ily a 2 ans j'ai brulé les photos pour retrouver la vérité du corps a corps, je ne regrete pas. La vérité de l'experience sexuelle ne peut pas se remplacer, que je sache.

Écrit par : Frank | 05/11/2009

L'impression que la vie d'avant ne peut plus avoir cours assiège mes pensées, et je regarde toujours avec effroi les vues photographiées d'il y a seulement 50 ans : les visages, surtout les visages.
Sophie

Écrit par : Sophie Herskowicz | 06/11/2009

Oui Sophie. L'obsession des visages peut relever de l'envoûtement. Au mexique la Tianiça me disait le danger des yeux qu'on fixe trop longtemps sur ces bouts de papier. La brûlure peut circuler dans les deux sens, remonter jusqu'à l'auteur de la photographie ou bien se diffuser jusqu'au système veineux du visage photographié. C'est une intuition Touareg aussi, dont parle Hervé Guibert dans ses lettres d'Egypte.

Écrit par : Ussian T. | 06/11/2009

C'est difficile de trouver bien informée personnes dans ce cas particulier sujet , cependant, vous sembler vous savez ce que vous parlez! Merci

Écrit par : Britteny | 10/07/2013

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