13.11.2009
Dans le trafic des images avortées
C'est une profession sinistrée, moribonde on le dit. Et pourtant leurs images regardez, je crois qu'elles deviennent des mondes à elles seules. Les photographies qu'ils envoient de Bolivie ou d'Ossétie ont la complexité brutale d'un monde encore mal vu et qui se tord sous leurs yeux, un monde en torche, incapable encore d'approcher nos regards qui ne savent plus scruter dans l'image, paresse occulaire ou mentale ?
Les photo-reporters - de moins en moins payés, de plus en plus marginaux mais debout face au flux permanent des images vidéo - mènent ce travail désespéré d'explorer le regard, d'aller voir ce qu'aucun oeil n'avait pu voir encore avant eux. Leurs images pourtant sont de moins en moins vues, de plus en plus paradoxales.
Sous-financées, écartées des sommaires de la presse à qui elles étaient destinées, ces images d'arpenteurs isolés deviennent peu à peu une littérature inédite, visuelle et invisible encore, difficile à repérer tant qu'elle se cherche d'autres lieux pour se montrer. Pourtant ce sont des livres, livres d'images qui prennent en charge le récit des existences, des narrats écrirait Volodine-le-voyeur : constructions d'auteurs prenant en charge la matériologie d'un monde aveuglé face aux écrans. Tant mieux peut-être si ces images se fabriquent encore en secret. Il faut apprendre à les lire, commencer par repérer où les débusquer dans le nouveau chaos des images, interroger la syntaxe qu'elles inventent et forcer leurs figures tout en sachant qu'aujourd'hui - début du siècle 21 - les photographes d'une presse à l'agonie apprendront donc l'errance, la dérive psychogéographique telle que l'inventèrent les situationnistes à Turin et Paris, il y a 40 ans maintenant. Nouvelle république photographique qui réinvente aujourd'hui, sous nos yeux incapables de voir, une littérature qui veut encore explorer, questionner, révéler à ceux qui rêvent sans savoir regarder.
Mort sur le front des images © Taraf Zelie Bordela
10:18 | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : littérature, photo, journal, photographie, photolittérature




Commentaires
Écrit par : Chr. Borhen | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Cap Ussian T. | 13.11.2009
Je répète : la littérature jeunesse n'enferme que celui qui le veut bien. Je m' sens pas enfermé, moi, même si je fais d'autres choses. C'est un terrain d'exploration qui en vaut un autre. Je ne vais pas citer des exemples : tout le monde les connaît.
Écrit par : mon chien aussi | 13.11.2009
Répondre à ce commentairela belle bande réunie issi aussi !!
pas contre , moi :-)
Écrit par : Cactus | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Taraf Z. | 13.11.2009
Écrit par : mon chien aussi | 13.11.2009
Écrit par : Cactus | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireet dire que je n'y avais point pensé : je vieillis !
Écrit par : Cactus | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireEn revanche, je n'ai pas bien compris qui habite cette histoire d'une passion. Une tribu qui répond à tour de rôle, quand ça lui chante. Une (sara)bande rencontre une tribu (lation) ?
Écrit par : Zoë Lucider | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : T. | 16.11.2009
j'adore les reporters, eux et les journalistes internationaux sont mes héros!
Écrit par : French Kecthup | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Frédérique M | 13.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Le Gibi | 14.11.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Anna de Sandre | 14.11.2009
Répondre à ce commentaireLes situationnnistes faisaient des détournements, ici on ne tourne pas autour du pot. La photo est un large champ d'inverstigation que vous parcourez hardiment : attention aux mines !
Écrit par : D. Hasselmann | 15.11.2009
Répondre à ce commentairela pasionaria , la pasionaria , la pasionaria disait la chanson de Guy à l'époque où il marchait encore ( à moins que ce ne bah de soit , les cocomédiens ? )
allez , on danse un Paso ,tous deux ? sur un Pasolini !
sissi !
Écrit par : Cactus | 15.11.2009
Répondre à ce commentaireJe commence par mon chien, parce que j'ai toujours préféré parler aux chiens ou aux chevaux plutôt qu'aux gens. Le chien dit vrai, la littérature jeunesse est un terrain d'exploration, celui qu'on a choisi pour accoupler aux mots les photos qu'on invente. Maintenant ça déborde : intensité des photos, intensité des mots écrits et il faut d'autres territoires. On a trouvé ce mot, photolittérature pour cerner le chaos, apprendre à travailler et fabriquer un premier laboratoire indépendant.
Et puis C. Bohren : D'accord. Venez lire tous les jours, autant que vous pourrez, ça nous donne envie d'avancer, de ferrailler et d'accoupler.
Cactus on est désarçonnés, un peu inquiets face à tant de jeux de mots. La moitié nous échappe et on se dit qu'on va passer pour de sacrés couillons si on sait pas riposter. On reste silencieux encore un peu, les yeux fixés par ce regard idiot qu'on a face à un très beau moteur qui ne veut plus démarrer.
Ensuite il y a Zöe, un cas à part, l'instigatrice du vent des blogs par où se font donc les rencontres, la croisée des paroles. Moi Zöe m'impressionne, j'y vois une capitaine ou une marieuse, une trafiquante aussi à travers zones. Zöe c'est bien une sarabande qui écrit là, photographes intuitifs et puis ce type qui s'obstine à fabriquer des livres avec les yeux.
Quant à French K. on tient quand même à lui dire : les photographes ne sont pas des héros mais des gueux. Et c'est précisément pour ça qu'on les aime, douloureusement, les lèvres paralysées face aux images qu'on leur vole.
Ce pourquoi, Frédérique M, mieux vaut ne pas se fier aux images mais plutôt les glisser dans la poche d'un manteau pour aller voir. On ne photographie pas les volcans, l'intérieur des volcans d'où vient la lave qui nous aveugle.
Parce que le Gibi a raison : le coeur manque, l'orgueil que nos yeux gardent dans le regard nous interdit les larmes et le plaisir. La pulsion scopique n'est pas seulement vouée aux plaisirs solitaires, elle nous condamne à voir encore, les yeux ouverts.
Anna de Sandre est femme de coeur, elle n'en croit pas ses yeux. Le don des mots qu'elle a l'a détournée des vieilles brulures que les rétines se font en se cognant aux fantômes des images.Anna de Sandre est une reine, héritière de ce pouvoir qu'ont les reines : fermer les yeux, reposer l'âme, endormir le désir.
Et Dominique Hasselmann le nom de code des situationnistes les enchaînait, à cause d'Isou, à cause d'Isidore aussi peut-être ils ont voulu sauter avec la première bombe, happant le cinéma pour oublier le photo-tract quand lui seul avait encore le pouvoir de changer tous les yeux dans les villes. Misère de Debord, Ossang le pleure encore, le clan des aveuglés ne sait plus voir la violence des images que nous balance l'hypermarché global.
Au secours.
Écrit par : T. | 16.11.2009
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