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16/11/2009

Sans soleil

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© Marie P. Courir les rues. Battre la campagne. Fendre les flots.

Aucune actualité autour de Sans soleil, le film de Chris Marker. Aucune hormis ces quelques phrases qu'on pouvait lire, voici deux ou trois jours, sur le site de Marie P. Ce sont les premières phrases du film qu'elle recopie, et elles préparent à un voyage dans les images : La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. II me disait que c’était pour lui l’image du bonheur, et aussi qu’il avait essayé plusieurs fois de l’associer à d’autres images - mais ça n’avait jamais marché. II m’écrivait : «... il faudra que je la mette un jour toute seule au début d’un film, avec une longue amorce noire. Si on n’a pas vu le bonheur dans l’image, au moins on verra le noir.»

Plusieurs fois dans ma vie, j'ai rencontré des hommes ou des femmes pour qui ce film avait compté. Je suis allé le revoir avec Ana dans un cinéma de Madrid, quelques heures avant l'inhumation de son père. Elle tenait ma main dans la sienne, elle essuyait ses larmes avec mes doigts, et dans le noir elle écrivait des mots que prononçait la voix du film, les mots que les sous-titres avaient traduit en espagnol. Devant la tombe, elle a relu certaines des phrases du film, puis jeté le papier avec la terre, les fleurs, les sanglots.

Il m’écrivait que le secret japonais, cette poignance des choses qu’avait nommée Lévi-Strauss, supposait la faculté de communier avec les choses, d’entrer en elles, d’être elles par instant. Il était normal qu’à leur tour elles fussent comme nous - périssables et immortelles. Il m’écrivait: «L’animisme est une notion familière en Afrique, on l’applique plus rarement au Japon. Comment appeler alors cette croyance diffuse selon laquelle n’importe quel fragment de la création a son répondant invisible ? Quand on construit une usine ou un gratte-ciel on commence par apaiser le dieu propriétaire du terrain avec une cérémonie. Il y a une cérémonie pour les pinceaux, pour les bouliers, et même pour les épingles rouillées. Il y en a une, le 25 septembre, pour le repos de l’âme des poupées cassées. Les poupées sont accumulées dans le temple de Kiyomizu consacré à Kannon, la déesse de la compassion, notre Kwan-Yin, et on les brûle en public.

Jusqu'à relire hier le texte de Sans soleil que Marie P. m'envoyait, le mot poignance n'existait pas. Peut-être le connaissais-je, je n'en suis pas certain mais je ne m'en servais pas, trop éloigné des mots que d'habitude je vole à d'autres penseurs pour réfléchir aux images - Serge Gruzinski, Aby Warburg, Didi-Huberman ou encore Roland Barthes. Mais le mot poignance est un mot important, un mot dont je ne saurai plus me passer. En le lisant hier je découvrais un passage, et d'emblée je savais bien que je n'arriverais plus à réfléchir au pouvoir des photographie sans ce mot que Marie m'envoyait. Je ne sais pas comment lui dire merci, à elle dont je ne sais presque rien.

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© Chris Marker - Photogramme extrait du film Sans soleil

Commentaires

ça tend !
Sissi !
j'adore vous élire ainsi dès l'aube puis à nouveau aux aurores !
Chris Marker , haaa Chris Marker !

Écrit par : Cactus | 16/11/2009

Cactus on est désolés de se répéter mais on est trop désarçonnés, un peu inquiets face à tant de jeux de mots. La moitié nous échappe et on se dit qu'on va passer pour de sacrés couillons si on sait pas riposter. On reste silencieux alors encore un peu, les yeux fixés par ce regard idiot qu'on a face à un très beau moteur qui ne veut plus démarrer.

Écrit par : T. | 16/11/2009

Tiéri, rassurez-vous, nous sommes tous désarçonnés par le cactussien. C'est une forme de poèsie, il faut accepter de ne pas tout comprendre.
Deux belles photos et cette image d'une femme éplorée qui essuie ses larmes avec les doigts de la main de son compagnon.

Écrit par : Zoë Lucider | 16/11/2009

Merci à vous...

Écrit par : Marie | 16/11/2009

Que vous écrivez bien !

Écrit par : Le Gibi | 17/11/2009

Oui mais j'ai pas réparé la voiture. Pas changé les ampoules mortes. Pas ramassé toute la poussière dans l'escalier alors quoi ?

Écrit par : T. Z. BORDELA | 17/11/2009

ok , je vais m'efforcer alors !
avez-vous des ampoules au pied _du latin pedem, accusatif de pes, pedis_ aussi , et un pied-de- poule ou un pied de coq ?
là est ma question :-)

Écrit par : Cactus | 17/11/2009

Il y a juste ces objets- ferraille et verroterie- servant à donner une lumière tarifée à l'intérieur des maisons quand elles vont sombrer dans le noir. Il faut sortir l'escabeau, passer voir le quincailler et lui filer des pièces en échange, tout un protocole pour y voir un peu clair.

Écrit par : T. Z. BORDELA | 17/11/2009

Les commentaires sont fermés.