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10/12/2009

La lettre & les photos de Marie

marieP.jpgMarie m'écrit et ses lettres me parlent. «Je pensais à Tanger en rentrant, à Mohamed, croisé là-bas, qui me racontait 22 fois les bateaux, les cales, 22 fois refoulé et cela lui était égal parce qu'il était sûr d'y arriver un jour. Je pensais au numéro que je lui ai laissé, au cas où, et puis jamais eu de nouvelles.


Et puis justement ce matin, une dépêche de rien du tout : « Le corps d'un jeune clandestin d'origine africaine a été découvert dans les quartiers nord de Marseille par un routier qui s'apprêtait à décharger sa cargaison en provenance du port de Tanger, a-t-on appris mercredi de source policière.»

J'avais les dents serrées de ceux qui sont en colère et ne savent rien faire.

« Dedans l'acier des coques les gars qu'on exporte sans vouloir le savoir»

Difficile de répondre à Marie. Est-ce qu'on peut se retrouver face à une image dont on ne comprend pas le poudroiement, ni même l'axe des perspectives ? Est-ce la trace de corps encore enfants, clandestins eux aussi ? La poudre du regard qu'on retient après l'enfance salopée à travers les frontières ?

La manière dont elle travaille la photographie, l'art fragile de la présence et de la disparition, la promesse des fulgurances tout à l'heure, si on sait juste attendre la venue des images.

Où est la photo du jeune clandestin ? Irez-vous Marie jusqu'à Marseille photographier le corps disparu ? Et connait-on seulement son prénom, son visage, son histoire à lui dans le foutoir des identités nationales ?

L'europe pue, on peut s'enfuir à Berlin ou ailleurs elle va continuer de puer d'autant plus, vers l'atlantique et la mediterranée. Elle va infecter jusqu'à leurs profondeurs. Putain on ne dira pas les noms des ordures, aux premières pages de ce débat qui sent déjà la mort dans les soutes et les cales. La france de l'identité nationale n'a pas d'autre visage que la laideur absolue de la france maintenant, l'horrible gueule des moisissures aux dents pourries, pourries dans la gueule de la haine, et pas assez de photographes pour les visages des enfants de schengen.

Ecoute Marie, Akhenaton a appris le rap à mon plus jeune fils. Dans ses chansons Terek le Tchétchène, 10 ans aujourd'hui, a appris les mots assedic et réfugié politik. Aujourd'hui Akhenaton le répète aux journaux : Dégoûté, il dit songer à quitter la France. Alors on fait quoi ? On inverse le vieux flux migratoire et on se barre d'ici photographier ailleurs ? La france pue et je peux plus la sentir. C'est ça que je voudrais répondre à Marie : Allez viens, on s'en va.

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Commentaires

Helas, nous ne sommes pas assez nombreux à ne plus supporter de vivre en nous bouchant le nez, les yeux, les oreilles, car sinon il faudrait hurler à la mort, comme des loups.

Écrit par : Zoë Lucider | 10/12/2009

Hurler à la mort comme Zoë ou serrer les dents comme Marie ?
Ou prendre d'assaut les frontières à l'envers, de l'intérieur ?
Comme on abat un vieux mur au milieu de Berlin, comme on fera tomber ce mur entre Israël et Palestine.
La seule guerilla qui importe aujourd'hui : faire tomber les murailles de schengen. Ouvrir partout des brèches, de la sicile au sud de l'espagne où les douaniers de l'europe font du zèle, collabos de l'immonde. Eventrer de l'intérieur les murailles qu'on refuse, pour inverser le cours de l'histoire et la fatalité de la honte.

Écrit par : Tieri, 12 ans et demi | 10/12/2009

Une petite question : à Tanger, c'est le bordel, apparemment, c'est la misère. Bon. Comme il est assez évident que Tanger ne peut pas se vider entièrement, que tous les Tangérois ne pourront pas quitter leur ville (en ont-ils seulement envie ,), et que seuls quelques-uns d'entre eux auront la possibilité, le courage de partir, la faiblesse de croire que leur avenir est garanti ailleurs, la naïveté de penser qu'on les attend à bras ouverts ici, ceci étant entendu, accueillons ceux qui veulent venir en Europe. Voilà, disons que c'est fait. Et les autres, ceux qui restent là-bas ? Ceux-là peuvent crever sur place (le cas échéant) car l'Homme Blanc a fait sa bonne action et montré son Grand Cœur ?... Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas partir ? On oublie ?
La seule vraie solution, c'est le développement sur place. je suppose qu'aucune de ces personnes ne laisse ses habitudes et ses parents et ses amis de gaîté de cœur, et qu'elles préféreraient pouvoir continuer à vivre là où se trouve leur maison. Sans compter que le Grand Cœur de l'Homme Blanc oublie une chose essentielle : par ses prédications, il contribue à créer ici une classe d'ouvriers ou de main-d'œuvre sous qualifiée exploitable et corvéable à souhait. Bref, on appuie et on facilité le fonctionnement du Capital le plus sauvage qui soit. Insensiblement, on pousse à la régression sociale.
Pas aussi simple que vous voulez le faire croire.

Écrit par : mon chien aussi | 10/12/2009

Chère tribu en photolittérature,

Je trouve que la France sent bon, tout aussi bon que les autres pays, où les gens sont tout aussi égoïstes qu'ici.

Concrètement, la France est un des pays du monde qui accepte le plus de naturalisations d'étrangers, alors si la France pue, que dire du Gabon, de la Nouvelle Zélande, du Canada, de la Suède, du Maroc, de la Turquie, et de tous ces autres pays bien plus restrictifs ?

De plus, aucun pays ne peut matériellement assurer des droits, la Sécu, etc, à tous ses citoyens et accepter tous les êtres humains de la terre. Il en résulte qu'il faut soit être "centriste" et accepter les règles, soit être anarchiste. Et si on est anarchiste, il ne faut pas lutter pour les papiers mais contre tous les papiers, tous les Etats-civils, toutes les lois. Pour l'anarchiste, l'Etat français ne pue pas plus que n'importe quel Etat du monde. Il faut voir comment le Maroc et le Sénégal gèrent leurs clandestins : l'horreur.

Par ailleurs, quand on dit la France, on parle de quoi ? De l'Etat français ? Ou des gens qui sont là, en Bretagne, en Occitanie, au pays basque, dans la vieille Lutèce, à Nice (ville colonisée après l'Algérie !) etc, et qui tentent de vivre leur vie comme ils peuvent, et dont l'Etat se fiche royalement ?

Écrit par : Edith | 10/12/2009

Assez d'accord avec Mon Chien et Edith. Les véritables coupables, à mes yeux, sont les réseaux et les gangs qui profitent de le détresse pour rançonner une main d'oeuvre corvéable comme jadis on transportait le "bois d'ébène" de sinistre mémoire. Les premiers à être coupables de l'état misérable de beaucoup de populations dans le monde sont les états eux-mêmes, ceux qui sont incapables, par gabegie et corruption, de nourrir leurs populations et de leur permettre de vivre dignement, et le reste en découle, hélas. Que ces états soient manipulés par les firmes, les pétroliers et autres, on est d'accord. Mais la France ne pue pas plus que le reste du monde : c'est l'humain, sa bêtise et sa convoitise insatiable qui pue, et ce partout, et depuis des milliers d'années.

Écrit par : Sophie K. | 10/12/2009

http://www.youtube.com/watch?v=Ht-oioWjSdE

Écrit par : Marie | 10/12/2009

@Marie. Ce n'est pas une réponse, c'est un sermon. Les sermons, c'est bon pour les églises. On ne vit pas en société, et on ne règle pas les problèmes à coups d'homélies. Et encore moins en se bouchant les yeux.

Écrit par : mon chien aussi | 10/12/2009

Le débat sur l'identité nationale est une façon de se murer, de rejeter. Il est poli, certes, saupoudré de vieux villages, de clochers et de bérets, d'images à la Dosineau. N'empêche que cet égoïsme, ce repli, ce racisme, cet ostracisme très dirigé contre les musulmans puent. Débattre d'identité nationale c'est entrer dans le piège armé par le FN, c'est une machine infernale maniée avec un doigté machiavélique par nos dirigeants. Il faut le refuser.
Il n'y a pas d'identité nationale, il y a humanité, je, tu, nous sommes des êtres humains.

Écrit par : Gibi | 12/12/2009

On veut vous répondre. A tous. Mais on arrive pas ces jours-ci à s'asseoir devant un ordi en état de marche. Mais bien sûr qu'on veut répondre. Ces histoires nous rendent malades. Et à vous lire on comprend vite qu'on est pas seuls.
A très vite
A. / m. & T.

Écrit par : Le taraf en exil | 13/12/2009

Wow... il faut qu'on vous réponde. Important. Et pas le temps depuis 2 jours de s'asseoir face à un ordi en état de marche. Mais quand même 2 jours qu'on tourne la réponse dans la bouche. Et contents de voir qu'on est pas seuls à pas dormir face à l'horrible mascarade. Questions de vie ou de mort d'homme.
A./m. & T.

Écrit par : Le taraf en exil | 13/12/2009

Pardonnez cette intrusion "mailique", mais ne peut m'empêcher d'écrire,
Intégration ?/ assimilation ?
Un intégré : un homme, une femme, en mots et convergence avec son milieu.
Un assimilé : réifier, choisifier celui ou celle qui sera digérer, impliquer au clan…
Parce que nous ne leurrons pas, tous autant que nous puissions être, débordons de réflexes primaires, manichéens et sans nuances, quand il s’agit de clan, de meute… Chose intéressante, on prétend à l’ouverture et aux droits de la personne avec comme cris premiers cette revendication à des courants, des clivages sociaux, dont aucun n’absout la ségrégation, la choisification.. qui au final assimilent sans jamais intégrer..
Un organisme social tout entier tourné vers la faveur, le privilège d’appartenance, …petits carrés d’identité qui apaisent, et ouvrent tranquillement, ceux qui en bénéficient, à une conscience de tolérance si souvent passive, de revendications bien séantes..de celles qui permettent de dormir la nuit !!!
Elle a bon dos, l’intégration !coopter certains, pour en exclure d'autres... Elle fait doucement ricaner par ces dédales de phraséologie idéologique, bien sûr, en toute sincérité, on ne peut retirer cela.…
"France qui pue"…
"Que dire du gabon, de la nouvelle-zélande.."
"Homélies parfaites…"
"Exploitants de « citoyens assujettis ».."
Une question….cette honorable condescendance, toute méritante, porte –étendard d’une fictive société libre et ouverte, n’aurait-elle pas tendance, à juste broyer quelque relent d’humanisme?
Aucune prétention à un humanisme quelconque...simplement, encline à aimer la France!

Écrit par : titailine | 14/12/2009

Bienvenue à toi Titailine. Ici toujours la course mais toujours la volonté de prendre part au débat.
On vous aime
T.B. Corbeau noir

Écrit par : Cap Ussian T. | 14/12/2009

Pas oublié qu'il fallait répondre. Elle macère, la réponse. Mais en attendant, on vient de recevoir un texte de Juliette Mezenc :

Les frontières, c’est pas fait pour les chiens non plus. Ni pour les oiseaux du ciel.

Les frontières, c’est pas fait pour le ciel. Et pourtant. Les Kaïques, nous le tenons des étourneaux, ont déployé autour d’eux des boucliers à ultrasons qui éloignent les oiseaux, tous les oiseaux, déclarés nuisibles. Des boitiers aux couleurs vives et gaies diffusent dans leurs rues les pépiements d’oiseaux au printemps.

Le texte en entier est à lire sur son blog, ici :
http://juliette.mezenc.over-blog.com/
Wow..
Ce qu'elle écrit nous on aime. Et sa voix.

Écrit par : Taraf général, faction de nuit | 15/12/2009

Quelle belle serie! ca donne envie d'aller au Maroc (et ailleurs)

Écrit par : Ketchup | 21/12/2009

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