Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/02/2010

CRY BABY !

 

cry.jpg

Janice Williamson est enseignante à l'université d'Alberta, au Canada et a publié plusieurs livres dont aucun, à ce jour, n'a encore été traduit en français. Plusieurs de ses livres utilisent le récit et la photographie, dont Crybaby !, édité en 1998 par NeWest, l'éditeur canadien d'Edmonton. Il s'agit d'un récit autobiographique où l'auteur raconte ses souvenirs d'inceste, en confrontant son travail de mémoire à certaines photos de famille prises par le père, durant la période de ces rapports sexuels qu'il imposait à sa fille. Huit photographies sont reproduites dans le livre, recto et verso car le père de Janice W. avait l'habitude d'y consigner, en plus de la date, quelques phrases liées au moment de la prise de vues.

Bien sûr, ce qui intéresse l'auteur dans ces images, c'est ce qu'elles ne peuvent montrer. En se référant à Marguerite Duras, elle prévient  que la seule possibilité sera de ne rien dire : "... to say nothing. But that can't be written down." J. Williamson utilise ici ces images pour démontrer qu'elles empêchent le souvenir, en formant une histoire attendue, une enfance conforme à ce qu'on peut se représenter d'une vie de famille dans les années 50 en Alberta. "These photographs are not about finding "the truth" of my childhood. They are childhood. A possible account." (1)Et plus loin : "this photograph is a visual signal of the unsayable." (2) "La photographie est le signe visible de l'indicible," et sert ici à amplifier le récit d'un traumatisme d'enfance qui n'est pas sans lien avec la stérilité dont souffre depuis J. Williamson. Dans un texte intitulé Le silence photographique, un geste provocateur (3), Nancy Pedri explique la démarche de J. Williamson comme la mise en évidence d'un silence photographique : "L'image photographique n'explique pas", écrit-elle. Bien au contraire, elle est "le lieu des illusions poétiques qui fonctionnent au-delà du compréhensible, au-delà du texte." (4)

La principale réponse de Janice Williamson à cet inceste et à cette stérilité sera d'adopter, un an après la parution de Crybaby !, une petite fille de 17 mois et née en Chine, dans le sud de la province de Guandong. Cette expérience donnera lieu à un autre récit autobiographique, où c'est d'une autre enfant dont il s'agira, comme une revanche accomplie, une maltraitance transformée en bonheur d'être mère à travers les frontières.
______________________________

(1) Janice Williamson, Crybaby!, Edmonton, NeWest, 1998, p.25/
(2) Janice Williamson, op. cit., p.29.
(3) Nancy Pedri, Le silence photographique, un geste provocateur, Littérature et Photographie, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008
(4) Nancy Pedri, op. cit., p. 397.

Bibliographie de Janice Williamson
Tell Tale Signs: fictions
- Turnstone Press, 1991
Sounding Differences: Conversations with Seventeen Canadian Women Writers
(UTP, 1993)
Up and Doing: Canadian Women and Peace (Women's Press, 1989
Dangerous Goods: Feminist Visual Art Practices
(Edmonton Art Gallery, 1990)
Hexagrams For My Chinese Daughter: A Mother's Journal (à paraître)

Commentaires

Enfin des nouvelles de TZB, qui se signale en remontant dans les nouveautés dans ma liste. Effrayant le nombre de femmes artistes qui ont subi un inceste. Serait-ce que l'art est la seule thérapeutique ou que le nombre d'enfants violées très jeunes par leurs familiers rend probable un certain pourcentage qui adoptent cette voie.

Écrit par : Zoë Lucider | 10/02/2010

Merci Zoë.
Peur de dire n'importe quoi sur l'inceste, mais bien envie de faire traduire puis d'éditer ce livre en France.

Écrit par : TZB | 10/02/2010

Une souffrance constitutive (de type inceste, par exemple, mais il y en a d'autres) est sans doute le moteur de pas mal d'artistes qui cherchent une manière d'évacuer et d'élever ce cri que l'enfance à contenu. Ils trouvent dans la photographie, la danse, l'écriture, la peinture etc... leur propre langage pour dire l'indicible. L'enfermement dans lequel la souffrance peut tenir un être humain, l'oblige à trouver une sortie. L'art, le suicide, la folie en font partie.
Zoé a raison, il y avait un moment qu'on n'avait plus de vos nouvelles.

Écrit par : Frédérique M | 12/02/2010

Eclipses et résurgences, comme un fonctionnement entrecoupé par d'autres travaux. Mais le plaisir à revenir écrire ici est d'autant plus entier que j'en ai mesuré le manque. Une autre façon pour évaluer le temps : parcourir ce qui s'écrivait dans vos carnets ou sous l'arbre à palabres, de quoi impressionner un scribouillard velléitaire dans mon genre.

Écrit par : TZB | 13/02/2010

Très émouvant.
Rien à ajouter.

Écrit par : Plumed'Hi | 18/02/2010

Les commentaires sont fermés.