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24/02/2010

On peut rêver

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Boris Bendikov & Leonid Tishkov, Private Moon, 2003-2005.

C'est une espèce de poème visuel, découvert dans l'un des livres empilés sur la table de cuisine d'Hélena. Il n'y avait qu'une image dans le livre, mais j'ai noté les noms des deux auteurs pour en chercher d'autres et j'ai bien fait. Le fait qu'ils soient russes tous les deux, qu'ils photographient un pays de neige comme s'il s'agissait du lieu d'un conte agissait comme une promesse et décuplait l'attente d'autres images.

"Private Moon" raconte l'histoire d'une passion, celle d'un homme qui rencontre la lune, lui offre du thé et des pommes puis décide de passer sa vie avec elle. Ensemble ils traversent le fleuve en bateau, jusqu'au pays des arbres où l'homme revêt les habits de son père mort.

"En passant les frontières des mondes par d'étroites passerelles, en se plongeant dans le rêve afin de protéger sa vie spirituelle, l'homme se transforme en créature mythologique qui vit dans le monde réel comme dans un conte de fées."

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14/02/2010

La passion de Léonid Tsypkin

baden-baden-1.jpgLéonid Tsypkin - Леонид Борисович Цыпкин - n'aimait pas le cinéma d'Andreï Tarkovski, mais il aimait passionnément Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski - Фёдор Михайлович Достоевский - dont les écrits et l'existence lui servirent de nourriture pendant les 25 années qu'il passa  au milieu des cadavres, derrière les murs de l'Institut de poliomyélite et d'encéphalite virale de Moscou où il travaillait comme pathologiste.

Toute son existence, Léonid Tsypkin lut Dostoïevski et visita les lieux où vécut l'écrivain, armé d'un appareil photographique et d'un carnet où s'élabora, au fil des années, le récit d'Un été à Baden-Baden (1). Deux photos surplombaient sa table de travail, deux portraits de Marina Tsvetaïeva et de Boris Pasternak et la photographie, dans l'esprit de Leonid Tsypkin, représentait sûrement un moyen d'approcher le mystère de la création littéraire.

L'escalier menant jusqu'à la chambres où vécut Raskolnikov.
Ces marches n'existent plus depuis que le bâtiment a été rénové.

La première édition d'Un été à Baden-Baden a eu lieu en mars 1982, dans Novaya Gazeta, l'hebdomadaire New Yorkais de l'émigration russe.

Plusieurs éditions se succéderont, aux Etats-Unis comme en France, mais c'est en Angleterre que paraîtra la première édition intégrant les photographies de l'auteur. Ces photos modifient profondément la nature du récit, transformant le roman en autofiction hybride, épopée hallucinatoire sur les traces de Dostoïevski, errance jusqu'à ce lieu ultime où le romancier aura trouvé la mort.

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Léonid Tsypkin possédait un appareil photo depuis le début des années 1950, nous explique Susan Sontag dans son article Aimer Dostoïevski (2). Au cours des années 1970, "il avait consulté des archives, photographié les lieux associés à la vie de Dostoïevski, mais aussi ceux que fréquentent ses personnages aux saisons et aux heures mentionnées dans les romans."(3)

"Du lundi au vendredi, raconte son fils, mon père partait au travail à 7h45 précises. Il rentrait à 18 heures, dînait, faisait une petite sieste, puis se mettait à son bureau pour écrire, mais c’était pour lui un exercice difficile, pénible. Chaque mot était une souffrance, il retravaillait sans cesse ses manuscrits."

 

Rue Gorokhavaya, un décor souvent emprunté dans les romans de Dostoïevski

Bien sûr, le travail romanesque de W.G. Sebald trouve ici une résonnance. Les lieux y jouent un rôle aussi déterminant que dans l'écriture de Léonid Tsypkin, à la manière d'une scène dressée dans l'espoir qu'y reviennent des fantômes. Mais si Léonid Tsypkin n'a pu avoir accès aux livres de W.G. Sebald, on peut imaginer qu'il a parcouru l'édition russe de Nadja, où sont reproduites les photographies de ces lieux dans Paris qui servent de décor à la fascination d'André Breton pour Nadja.

____________________________
(1) Léonid Tsypkin, Un été à Baden-Baden, Paris, Christian Bourgois, 2003.
(2) Susan sontag, Aimer Dostoïevski, Garder le sens mais altérer la forme, Paris, Christian Bourgois, 2008.
(3) Susan Sontag, op. cit., p. 49.

15/12/2009

Amoureux, amoureuses de si loin

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( Je ne sais rien de cette image.
Elle vient d'Alma Soror, c'est tout ce qu'on sait.
Pas grand chose et aussi le Maroc comme décor )

TIERI :
Tu crois qu'on va mourir
A quoi ressemblent tes amoureux edith ?

ÉDITH :
Mes amoureux ressemblent à des frères d'ailleurs. Ils ont des longues jambes, des longs bras, des voix graves et des visages qu'on ne distingue pas très bien. Seuls leurs yeux brillent. Ils ne mangent pas, ils ne dorment pas, ils marchent sous la pluie. Ils ne lisent plus rien car ils ont appris tous les livres par coeur, comme dans Fahrenheit. Ils m'entourent, marchent autour de moi, armée d'amants qui me protègent du monde réel et des coups bas. Ils n'ont pas de maisons, mais des vaisseaux spatiaux. Ils surfent dans le ciel. Ils aiment mes écritures et mes danses. Ils ressemblent à des Peter Pan d'un autre monde, d'un autre temps, un temps qui vient lentement, lentement, ils ont un temps d'avance.

Ils sont géographes, astrophysiciens et chevaliers. Ils viennent de nulle part, ou plutôt, de si loin que l'on ne sait plus le nom de leur pays d'origine et ils savent parler aux poissons. Ils aiment les sonorités du monde, les bulles d'eau, les ballons que les enfants envoient dans le ciel après la fête. Ils me donnent leurs desserts.
Ils sont plus fidèles que la fidélité, plus aventureux que l'aventure. Je soupçonne certains d'entre eux d'être des femmes déguisées. Je m'en fiche.

Commentaires

Je vais relire Fahrenheit 451, roman de mon cher Bradbury dont je ne pensais pas qu'il fut de vos lectures. Je n'ai pas compris la première phrase, "tu crois qu'on va mourir".

Ecrit par : Effervescence 23 | vendredi, 11 décembre 2009

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Une autre réponse, à une autre question, du même style, du même Tieri, ici: http://almasoror.hautetfort.com/archive/2008/11/06/repons...

J'aime Bradbury, j'ai une vieille cassette où on l'entend réciter d'une belle voix de vieillard ses chroniques martiennes. Je ne vous ai toujours pas démasqué Effervescence 23. Vous êtes effervescent, certes. Vous êtes 23, assurément. Mais qui êtes-vous ?

Ecrit par : Édith | vendredi, 11 décembre 2009

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Ces amants sont dans le désert ?

Ecrit par : David nathanaël Steene | vendredi, 11 décembre 2009

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C'est une photographie prise lors de l'indépendance du Maroc.

Ecrit par : Édith | vendredi, 11 décembre 2009

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Une armée de Peter Pan comme amants, c'est très immâture. Sil y a en plus des femmes déguisés parmi eux, là il faut vraiment faire une psychanalyse.

Ecrit par : Philippe RMO | vendredi, 11 décembre 2009

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L'immaturité est un droit qu'on refuse déjà aux enfants. Laissez au moins ce droit aux femmes, aux artistes & aux écoterroristes. Merci pour eux.
Et puis l'accent circonflexe sur IMMATURE n'était pas nécessaire.
Laissons l'orthographe aux Clercs de Notaire, svp rmo.

Ecrit par : Capitaine du Taraf anti-barbelés | mardi, 15 décembre 2009

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D'avance merci RMO et j'aime aussi les duels, la castagne à toulouse et la baston quand c'est le SCALP qui l'organise.

Ecrit par : Capitaine du Taraf anti-barbelés | mardi, 15 décembre 2009

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Oh putain RMO, laissez la psychanalyse aux maladies de l'âme.
Et je vous souhaite des amants magnifiques.
Sodomites ou pas peu importe si c'est du love, du romanesque, du sentiment qui bande.

Ecrit par : Taraf général, faction de nuit | mardi, 15 décembre 2009

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Maururu Edith
Ces mots là, sont une promesse
Toute une armée de Peter Pan, au creux desquels jamais perdue
Un Mana qui en dit long...
Faitoito à Vous

P.S : Monsieur RMO, ..si vous vouliez, juste une fois, déplier..votre pantalon!

Ecrit par : Titaina en line | mardi, 15 décembre 2009

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13/10/2009

Арсений Александрович Таковский

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Autoportrait © Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

Arseni Aleksandrovitch Tarkovski, le père d'Andreï le cinéaste, était poète. Un poète qu'on commence à peine à lire en France grâce aux éditions Harpo (Jour d'hiver, poèmes traduits du russe par Christian Mouze, Harpo, 2001) ou Yellow now (Jean-Christophe Ferrari, Le Miroir de Andreï Tarkovski, Yellow Now, Côté films #14, 2009). Dans Le temps scellé, Andreï parle d'un poème de son père en voix off d'un film qu'il n'avait pu réaliser :

« Enfant, je fus malade
De faim comme d'effroi. J'ôte la peau des lèvres,
Les lèvres, je les lèche ; et je me rappelais
Cette fraîche saveur à peine un peu salée.»

Et maintenant les images telles que je les imagine :

Plan 1 : Plan général. Prise de haut, une ville à l'automne ou au début de l'hiver. Zoom avant lent sur un arbre contre un mur de monastère en crépi blanc.

Plan 2 : Plan rapproché. Panoramique bas-haut avec zoom avant simultané : une flaque d'eau, de l'herbe, de la mousse, filmées en gros plan, qui doivent apparaître comme un paysage. Dès le premier plan, on entend le bruit de la ville, brutal, persistant, qui diminue et s'arrête complètement à la fin du plan 2.

Plan 3 : Plan rapproché. Un feu de camp. Une main tend vers la flamme hésitante, presque éteinte, une enveloppe vieillie et froissée. Celle-ci prend feu. Panoramique bas-haut. Le père (l'auteur du poème) se tient près d'un arbre. Il regarde le brasier. Il se penche, visiblement pour raviver le feu.
Elargissement à plan général. Vaste paysage d'automne. Il fait gris. Loin, au milieu des champs, le feu de bois brûle. Le père ravive le feu, se tourne et s'éloigne de la caméra à travers le champ.
Zoom avant lent jusqu'à plan moyen. Le père continue à marcher. Zoom avant pour conserver la même proportion dans le cadre. Se tournant progressivement, il se place de profil et disparaît parmi les arbres. D'où apparaît son fils qui marche dans  la même direction.
Zoom avant lent sur le visage du fils qui, en fin de plan, sera presque collé à la caméra.

Andreï Tarkovski, Le temps scellé, Editions de l'étoile - Cahiers du cinéma, 1989, p. 85-87.

Le père et le fils parvenaient à se parler à travers films et poèmes. Tous deux travaillaient à construire quelques images, aussi manquantes que nécessaires. Ils imaginaient travailler à une oeuvre commune, ce qu'ils n'ont pu faire puisqu'Andreï avait choisi l'exil pour continuer à travailler. « L'image est quelque chose d'indivisible et d'insaisissable, qui dépend autant de notre conscience que du monde réel qu'elle tend à incarner. Si le monde est énigmatique, l'image le sera aussi. elle est une sorte d'équation qui désigne la corrélation existant entre la vérité et notre conscience limitée à son espace euclidien. Nous ne pouvons percevoir l'univers dans sa totalité. Mais l'image peut exprimer cette totalité. » (Le temps scellé, p. 100)

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Nostalghia © Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

11/10/2009

Nostalghia

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View from my room in the country house in Myasnoye.
© Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

Ici, la forêt recommence à peu près où la ville se termine. Il faut marcher moins d'une heure pour approcher des lisières, pénétrer le territoire des grands arbres et vérifier à leurs branches que le monde est changeant, soumis aux saisons et aux vents. Il suffit de rester immobile un instant, de respirer plus lentement le crayon à la main, pour être capable d'écrire sous la dictée des chênes, jusqu'à transcrire ce mouvement des sèves qui viennent à murmurer.