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17/11/2009

La nuit, les livres, la connaissance de l'impossible qu'on avait à huit ans

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La nuit les livres reprennent ce pouvoir qu'ils perdent le jour aux yeux des adultes. La nuit la puissance leur revient, ils redeviennent un peu talismans entre les mains des enfants. A nouveau ils peuvent répandre - La rivière à l'envers - l'ancien appel des forêts primitives où va le lecteur pour se perdre. A nouveau l'amitié animale dans leurs yeux juste avant le sommeil - Chien bleu, Crin Blanc -

Je n'oublie pas ce petit garçon dont la maman nous a écrit : son fils avait deux ans, il glissait Litli soliquiétude sous son oreiller pour faire venir le bonhomme dans son rêve.

Dans La vie matérielle, Duras me parle à l'oreille de cette enfance presque nue face aux livres. Et morte elle a gardé cette voix éraillée de vieille femme prête à rire, elle veut me murmurer des horreurs qui font peur, des horreurs que j'essaie seulement d'écouter les yeux fermés, juste avant que le sommeil ne revienne : « C'est vrai, je confirme ce que je disais à Veinstein, il ne s'agit pas de souffrance mais de la confirmation d'un désespoir initial, d'enfance presque, on pourrait dire, juste, comme si tout à coup on retrouvait la connaissance de l'impossible qu'on avait à huit ans, devant les choses, les gens, devant la mer, la vie, devant la limitation de son propre corps, devant les arbres de la forêt auxquels on ne pouvait pas accéder sans risquer de se tuer, devant les départs sur les paquebots de ligne comme pour toujours, toujours, devant la mère qui pleure le père mort dans un chagrin que l'on sait enfantin et qui cependant peut nous l'enlever. » (Duras. Les forêts de Racine. La vie Matérielle, P.O.L., 1987)

La nuit c'est la force des livres, puisque après les avoir refermés près du lit ils reviennent. A travers veille et sommeil, ils envahissent le peu de mémoire qui restait, les yeux qu'on garde ouverts dans le noir, la rivière à l'envers dont les mots continuent.

T.

18/10/2009

Petite brouette de Terek le Tchétchène

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L'enfant du peuple Our dort encore quand j'écris. Dans son sommeil il a parlé et répété le mot papa, et sa respiration d'enfant dans la nuit est une présence qui apaise. Dans son sommeil et dans la vie, il porte ce nom d'un fleuve en Tchétchénie et aime tirer à l'arc, comme autrefois les bandits et les chasseurs du Caucase. Mais depuis l'été, il marche dans les rues d'Arles avec autour du cou un appareil photo trop lourd, le vieux Canon avec lequel nous avions fait, il y a 5 ans maintenant, les premiers livres d'Où sont les enfants ?

Pendant ces cinq années, des milliers d'images racontent  l'histoire de l'enfant Our et ses voyages, à commencer par ce périple interminable jusqu'à la mer avec Oscar, le vieux poisson  découvert au fond de son frigo. Petite brouette de survie continue, à cause de son esprit d'aventure, à cause de son envie de voyages le livre ne s'arrête pas.

Terek entretient avec ce livre une relation étrange. Il est devenu cet enfant qui veut s'aventurer, ami des animaux et explorateur de rivières. Son deuxième prénom, Folco, le lie d'autant plus à cet enfant noir et blanc qui, dans Crin-Blanc, devient l'ami du cheval pour échapper aux mensonges des adultes. 248.jpg
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07/10/2009

Maintenant oui je vis dans leur monde

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Photo © ADELAP - Histoires - 2009

« Aujourd'hui je suis envahi par mes photos, je vis dans leur monde. Je n'ai jamais publié la plupart des choses que j'ai photographiées et je crois que je vais sortir des livres. En regardant en arrière, je m'aperçois que j'ai pas mal voyagé et qu'il y a très peu de différences entre les vies humaines. Elles ont un rythme qui se déroule de la même façon. Au fond j'ai fait un grand reportage sur la vie humaine. »

BRASSAÏ - Entretien avec Hervé Guibert. Le Monde, 1982. La photo, inéluctablement. Gallimard, Paris, 1999.

21/09/2009

Ce qu'apprend un enfant en vivant

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Apprendre à entendre les sentiments dans la voix qui raconte une histoire, juste avant le sommeil,
apprendre la nuit aussi, vite, et l'importance dans la nuit d'être seul,

apprendre à reconnaître la voix ventrale qu'avait sa maman du temps de l'utérus,
exactement la même voix à travers l'air,
les jours de tristesse et les jours de bonheur,
apprendre à avaler aussi les fleurs avec le jus des fruits rouges,
apprendre que jour après jour le soleil se couchera,
apprendre qu'il fera noir et ne pas avoir peur,
apprendre la peur et qu'après la peur la vie continue différente et pareille,
apprendre ce rythme que prend la vie dans les heures,
apprendre le miroir et dedans son reflet,
apprendre les jeux avec le corps et ce vieil or que les mots donnent,
apprendre la présence des rêves à l'intérieur du sommeil,
apprendre à plonger sa main dans la terre encore tiède de soleil,
apprendre à pisser debout dans les herbes face aux arbres,
apprendre la différence animale,
apprendre la tendresse infiniparentale,
apprendre à oublier les cris de l'hiver et attendre la saison des raisins.

Et en écrivant ce qu'apprend un enfant en vivant, j'apprends que c'est sans fin, infini ce perpétuel apprentissage et c'est bien ça qui me fascine.

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