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19/10/2009

Les chambres de Lucie Pastureau

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Hôtel Eiffel Park © Lucie Pastureau

Lucie Pastureau est une photographe qui écrit. Des textes qui racontent une histoire, l'ébauche d'un récit pour accompagner ses photos quand elle les expose. Pour renforcer l'image d'un homme nu dans une chambre d'hôtel, elle a écrit Les chambres et c'est un texte qui me touche, un texte d'écrivain.

Les chambres

Enfant, la chambre trop petite, les habits, les livres et les jouets sur le sol, et la menace que tout ça passe par la fenêtre ; puis, les tas de vêtements sur le parquet, et ceux en boule dans les placards

La chambre de l’après-midi au retour du lycée, plusieurs mois de caresses avant d’accepter

Celle de la première fois, et l’ascension de l’échelle pour accéder au lit, son regard posé sur moi, derrière, la brûlure entre les cuisses, puis le pantalon qu’on renfile, serré, trop serré
Et plus tard, d’autres nuits, le bruit de ses parents qui font l’amour, alors que je n’ai plus de désir

Une couchette dans un cagibi au ski, la sensation d’avoir été forcée, les larmes aux yeux

Celle du bord de mer, l’amour tout bas, étouffé, pour ne pas être entendus

A l’hôtel, un moment tant attendu. Et l’amour impossible, le corps qui s’y refuse, malade

Celle du deuxième amour, presque adultère, le lit posé au sol, une de ses chemises sur ma peau nue, le bruit de la rue en bas, à travers les volets en bois

Chez une amie absente, deux fois de suite l’amour, je pleure la première fois et lui la deuxième

Toutes celles partagées, avec la fièvre du désir d’être enfin seuls à deux, les mains qui démangent

Celle dans laquelle je reviens, après l’accident, défigurée, l’amour dans un acte désespéré pour effacer les marques de mon visage, la tête tournée

Et, la chambre que l’on ne veut plus quitter, pour rester encore, dans le retrait du monde


18/10/2009

Apparition des enfants

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Image avalée par le vent qui se lève, et sept jours de Mistral : Les enfants ici découvrent le mot et apprennent le vent froid qui s'acharne. L'enfant de Jules Vallès que je voudrais leur lire un peu le soir. L'apparition des enfants dans le travail des images.
Avec le vent l'idée d'un ciel femelle qu'on touche du front et des lèvres en marchant, un ciel capable d'accoucher d'un torrent au milieu du vallon.
En marchant surviennent les idées, qui disparaissent au tournant si on ne prend pas l'habitude de noter. Alors j'écris, ébauches de poèmes et trucs à faire d'ici demain. Trois ou quatre carnets dans la saccoche où je range mes papiers, ceux que les flics réclament quand ils me croisent avec l'allure d'un sdf. J'écris tout depuis la phrase de Savitzkaya lue dans quel livre, Un fou trop poli ? « Ce qui n'est pas écrit ne le sera jamais. » Merci Eugène. Il y a des phrases qui aident à traverser.

L'autre journal, ancien laboratoire de photo-littérature. Chapitre I

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d'après Tomàs Borge (ministre de l'intérieur du Nicaragua)
© Giuliana Poletto & L'autre journal, mai 1990

Avec quoi nous durons, depuis l'enfance, avec quoi nous pensons,
et tous ces mouvements aussi que nous avons faits, hésitations d'amitié ou les emportements d'amour,
avec quoi nous souffrons, depuis l'enfance, avec quoi nous dormons,
et toutes ces fièvres qui nous ont traversés, tremblements de nos membres et notre souffle d'origine à jamais perdu,
avec quoi nous jouons, depuis l'enfance, avec quoi nous attendons, mélancolies recommencées et la solitude -, une eau où ne rien regarder, un ressassement, avec quoi nous inventons, depuis l'enfance, avec quoi nous travaillons, peu de bruits, peu de couleurs, et ces phrases mal écrites où nos mains cherchent à s'enterrer,
avec quoi enfin nous retournerons dans l'enfance, dernier repliement,
la parole et le reste.

L'autre journal N°1, mai 1990, Epilogue, p. 349.

Petite brouette de Terek le Tchétchène

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L'enfant du peuple Our dort encore quand j'écris. Dans son sommeil il a parlé et répété le mot papa, et sa respiration d'enfant dans la nuit est une présence qui apaise. Dans son sommeil et dans la vie, il porte ce nom d'un fleuve en Tchétchénie et aime tirer à l'arc, comme autrefois les bandits et les chasseurs du Caucase. Mais depuis l'été, il marche dans les rues d'Arles avec autour du cou un appareil photo trop lourd, le vieux Canon avec lequel nous avions fait, il y a 5 ans maintenant, les premiers livres d'Où sont les enfants ?

Pendant ces cinq années, des milliers d'images racontent  l'histoire de l'enfant Our et ses voyages, à commencer par ce périple interminable jusqu'à la mer avec Oscar, le vieux poisson  découvert au fond de son frigo. Petite brouette de survie continue, à cause de son esprit d'aventure, à cause de son envie de voyages le livre ne s'arrête pas.

Terek entretient avec ce livre une relation étrange. Il est devenu cet enfant qui veut s'aventurer, ami des animaux et explorateur de rivières. Son deuxième prénom, Folco, le lie d'autant plus à cet enfant noir et blanc qui, dans Crin-Blanc, devient l'ami du cheval pour échapper aux mensonges des adultes. 248.jpg
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17/10/2009

Légendaire Ylla

YLLA-LANDAU.jpgEn explorant le travail d'Ylla, je découvre quelle légende accompagnait à la fin de sa vie ses images. Ylla n'était pas l'inventrice de la photo animalière, mais en photographiant certains animaux elle leur donnait un visage. La différence est assez considérable, irréductible, humiliante aussi pour tous ces photographes qui transformèrent l'existence animale en surproduction d'images et d'ennui. Il faut des allumées, des aventurières capables de sauvagerie et d'amitié animale, prêtes aux passions et au danger pour accomplir la métamorphose d'une vision des sentiments animaux.guépard.jpg

En photographiant un guépard, Ylla parvient à faire le portrait d'un individu, Rachid, considéré par les Touaregs comme un prince et ami des enfants. Ses photographies racontent une biographie qui passera par des voyages à travers les frontières, plusieurs amitiés et une passion amoureuse avec Odette de Puigaudeau.

Comme beaucoup d'autres images encore inédites, les photographies d'Ylla donnent à l'animal un statut d'individu qui aujourd'hui, dans une société de masse et de massacre, peut sembler incompréhensible et même répréhensible. Il faudra imaginer de nouveaux livres, capables d'indiquer aux enfants de quelles fraternités animales on les prive. Si la vie parmi les hommes devient ce jeu misérable que nous montrent les images fabriquées pour fournir aux journaux, il faudra indiquer aux enfants d'autres joies, et réapprendre pour commencer la ferveur animale.

 

16/10/2009

YLLA & LES ENFANTS DU PEUPLE SINGE

YLLA1911-1955.jpgElle photographiait les animaux et depuis longtemps, elle avait décidé d'en faire son métier, même si ça n'intéressait personne à Paris. Elle arrivait d'Autriche et cohabitait dans une chambre de bonne avec les animaux qu'elle prenait en photo. L'odeur de ménagerie impressionnait, qu'Ylla oubliait à force d'y vivre.

C'est en 1931 qu'elle arrive à Paris, où elle étudie la sculpture à l'académie Colarossi tout en travaillant comme assistant-photographe auprès d'Ergy Landau. C'est gâce à elle qu'elle fera sa première exposition l'année suivante, à la Galerie de La Pléiade, avant d'ouvrir son propre studio de photographie animale et d'entrer à l'agence Rapho.

En 1938, elle publie Petits et Grands avec un texte d'André Demaison, puis un livre avec le biologiste anglais Julian Huxley, Animal language qui inclue deux enregistrements de cris animaux.

Le cinéaste Jean Painlevé l'a rencontrée à plusieurs reprises, impressionné par ses portraits d'animaux. C'est lui qui raconte qu'en 1940, venant de perdre son ami journaliste face aux nazis, elle voulait tuer Daladier et le cherchait dans Paris. Plus tard, elle vécut sans argent à New York et partagea un atelier avec Tana Hoban. Du jour au lendemain, elle passa de la pauvreté à la célébrité après avoir été attaquée par le panda qu'elle photographiait. Les magazines américains qui refusaient ses photographies publiaient son portrait en première page et peu à peu, le nom d'Ylla allait devenir celui d'une légende.

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15/10/2009

Constellations d'Alma Soror

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Alma soror c'est une constellation, les bords sont difficiles encore à repérer, de même les personnages et les légendes qui la traversent. C'est une constellation sombre, où les histoires d'amour répètent tous leurs ratages en obligeant à trouver d'autres issues. Il y a à l'intérieur des images et des musiques, des langues en voie de disparition et des soubressauts de pensées violentées, macérées et dépecées avant d'étinceler à nouveau à travers les vitres du bar.

Il y a eu dans le sillage d'Alma Soror l'aventure Villabar et maintenant c'est une ballade qui va ressusciter, forcément, tellement c'était une aventure nécessaire, une expérience pour échapper à l'horreur programmée dans l'abandon définitif de la littérature.

Il y a les luttes d'un capitaine de l'angoisse animale, comme un enfant perdu de Venaille et que Venaille ne connaît pas, ignorant encore de ses germinations secrètes.

Il y a les images déchirées de Sara et des milliers de photos où la beauté fulgure encore un peu avant d'effacer le sentiment de solitude.

Il y a l'errance du coeur et l'amour du chant, l'histoire d'un art qui n'existe toujours pas, la fascination pour la pensée mathématique et peu à peu ça fait constellation, miroir pour ennivrer-éblouir-fasciner ceux qui auraient encore au ventre la rage de venir lire.

Il y a la nuit pour écrire et la journée pour marcher dans Paris ou sur les plages de l'Atlantique en inventant des biographies qui manquent encore à notre siècle, il y a la beauté du visage qui écrit sous les masques et puis la tentative de contrebande, toutes ces histoires inventées avec des corps photographiés à l'intérieur des bars et des dimanches où l'on s'ennuie.

C'est une constellation, les bords sont difficiles encore à repérer mais le coeur est vivant comme un sexe qui se gorge du sang devenu plus épais, presque une boue dans les veines, un delta presque bleu sous la peau.

L'étrange est la forme que prend le beau quand le beau est sans espérance, écrivait Volodine. Et la constellation Alma soror est étrange, par impossibilité provisoire du beau qui fulgure, en attendant l'explosante-fixe et l'érotique-voilée.

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13/10/2009

Арсений Александрович Таковский

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Autoportrait © Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

Arseni Aleksandrovitch Tarkovski, le père d'Andreï le cinéaste, était poète. Un poète qu'on commence à peine à lire en France grâce aux éditions Harpo (Jour d'hiver, poèmes traduits du russe par Christian Mouze, Harpo, 2001) ou Yellow now (Jean-Christophe Ferrari, Le Miroir de Andreï Tarkovski, Yellow Now, Côté films #14, 2009). Dans Le temps scellé, Andreï parle d'un poème de son père en voix off d'un film qu'il n'avait pu réaliser :

« Enfant, je fus malade
De faim comme d'effroi. J'ôte la peau des lèvres,
Les lèvres, je les lèche ; et je me rappelais
Cette fraîche saveur à peine un peu salée.»

Et maintenant les images telles que je les imagine :

Plan 1 : Plan général. Prise de haut, une ville à l'automne ou au début de l'hiver. Zoom avant lent sur un arbre contre un mur de monastère en crépi blanc.

Plan 2 : Plan rapproché. Panoramique bas-haut avec zoom avant simultané : une flaque d'eau, de l'herbe, de la mousse, filmées en gros plan, qui doivent apparaître comme un paysage. Dès le premier plan, on entend le bruit de la ville, brutal, persistant, qui diminue et s'arrête complètement à la fin du plan 2.

Plan 3 : Plan rapproché. Un feu de camp. Une main tend vers la flamme hésitante, presque éteinte, une enveloppe vieillie et froissée. Celle-ci prend feu. Panoramique bas-haut. Le père (l'auteur du poème) se tient près d'un arbre. Il regarde le brasier. Il se penche, visiblement pour raviver le feu.
Elargissement à plan général. Vaste paysage d'automne. Il fait gris. Loin, au milieu des champs, le feu de bois brûle. Le père ravive le feu, se tourne et s'éloigne de la caméra à travers le champ.
Zoom avant lent jusqu'à plan moyen. Le père continue à marcher. Zoom avant pour conserver la même proportion dans le cadre. Se tournant progressivement, il se place de profil et disparaît parmi les arbres. D'où apparaît son fils qui marche dans  la même direction.
Zoom avant lent sur le visage du fils qui, en fin de plan, sera presque collé à la caméra.

Andreï Tarkovski, Le temps scellé, Editions de l'étoile - Cahiers du cinéma, 1989, p. 85-87.

Le père et le fils parvenaient à se parler à travers films et poèmes. Tous deux travaillaient à construire quelques images, aussi manquantes que nécessaires. Ils imaginaient travailler à une oeuvre commune, ce qu'ils n'ont pu faire puisqu'Andreï avait choisi l'exil pour continuer à travailler. « L'image est quelque chose d'indivisible et d'insaisissable, qui dépend autant de notre conscience que du monde réel qu'elle tend à incarner. Si le monde est énigmatique, l'image le sera aussi. elle est une sorte d'équation qui désigne la corrélation existant entre la vérité et notre conscience limitée à son espace euclidien. Nous ne pouvons percevoir l'univers dans sa totalité. Mais l'image peut exprimer cette totalité. » (Le temps scellé, p. 100)

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Nostalghia © Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

Chercher à l'intérieur

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Sens interdit, juin 2009 - © Cathy Garcia - Tous droits réservés


« Programme Pinocchio. L’humain doit disparaître, seules doivent demeurer les panoplies.

La fatalité est une arme de contrôle massif. Un bain de ciguë où clapotent les siècles.

Les fils à couper sont intégrés, il faut donc les chercher à l’intérieur. »


Cathy Garcia. Trans(e)création, ou l'art de sabrer le poulpe et la pulpe. Edts dlc, 2009.


C'est un livre qui vient de paraître, dont j'ai reçu ce matin des fragments. Comme des nouvelles de son auteur, Cathy Garcia dont les poèmes souvent me parlent. Il y a aussi ce blog où elle photographie le causse, Délit de photos, reprenant ce mot utile et inquiétant - délit - qui sert aussi de titre à la revue qu'elle anime, Nouveaux délits. "C'est une petite revue qui se veut grande sentimentale, elle aime être caressée, n'a pas peur de passer de mains en mains", écrit-elle.

 

C'est pourtant là que j'ai trouvé, un jour et au milieu de cent poèmes, cette idée-force de Philippe Jaccottet : Pour nous qui vivons de plus en plus entourés de masques et de schémas intellectuels, et qui étouffons dans la prison qu’ils élèvent autour de nous, le regard du poète est le bélier qui renverse ces murs et nous rend, ne serait-ce qu’un instant, le réel ;  et avec le réel, une chance de vie.

11/10/2009

Nostalghia

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View from my room in the country house in Myasnoye.
© Andrei A Tarkovsky. All rights reserved

Ici, la forêt recommence à peu près où la ville se termine. Il faut marcher moins d'une heure pour approcher des lisières, pénétrer le territoire des grands arbres et vérifier à leurs branches que le monde est changeant, soumis aux saisons et aux vents. Il suffit de rester immobile un instant, de respirer plus lentement le crayon à la main, pour être capable d'écrire sous la dictée des chênes, jusqu'à transcrire ce mouvement des sèves qui viennent à murmurer.

07/10/2009

Maintenant oui je vis dans leur monde

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Photo © ADELAP - Histoires - 2009

« Aujourd'hui je suis envahi par mes photos, je vis dans leur monde. Je n'ai jamais publié la plupart des choses que j'ai photographiées et je crois que je vais sortir des livres. En regardant en arrière, je m'aperçois que j'ai pas mal voyagé et qu'il y a très peu de différences entre les vies humaines. Elles ont un rythme qui se déroule de la même façon. Au fond j'ai fait un grand reportage sur la vie humaine. »

BRASSAÏ - Entretien avec Hervé Guibert. Le Monde, 1982. La photo, inéluctablement. Gallimard, Paris, 1999.

06/10/2009

Je ne peux dire ce que je vois dans vos images Alexandra

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Dans le fait de recevoir des photographies, la nuit quand on écrit et qu'on ouvre ses messages, il y a ce sentiment que c'est la même passion qu'on vient encore relancer, juste au moment du sommeil, jusqu'au moment de l'insomnie, jusqu'à demain la prochaine suffocation. Merci aux photographes qui m'envoient la nuit leurs images, qu'ils sachent ou pas ce que veut dire être affamé. Alexandra de Lapierre m'envoie tout à l'heure plusieurs photographies qui me ramènent à d'anciens textes que je lisais à Petersbourg, au mois de juin 1990. Des lettres de William  S. Burroughs à Allen Ginsberg, lues dans l'attente de mon premier enfant qui devait naître en juillet, relues comme si j'étais moi-même Allen Ginsberg, le 19 ème jour de cet été où la guerre froide se terminait quelque part entre Kiev et Berlin. Comme Sally Man, Alexandra photographie ses enfants et c'est d'amour que me parlent ses images. Amour-fascination sans limites, amour-tendresse-au-milieu-de-l'effroi et dans la prise aussi remonte ce sentiment animal qu'on aperçoit dans le regard des mères.

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Est-ce que je mélange tout ? Mais quand Allen Ginsberg photographie William Burroughs, il y a ce sentiment amoureux qui vient s'inscrire lui aussi dans l'image, à travers la lumière venue toucher les lèvres et le front, laissant dans l'ombre les deux yeux braqués sur l'objectif. Quand Alexandra de Lapierre photographie le regard fixe de son plus jeune enfant, il y a ce sentiment animal-amoureux dont l'image est pétrie. « Il n’y a pas d’accidents dans le monde de la magie. Et la volonté est un autre terme pour désigner l’énergie animée. »  Ce sont les mots de Burroughs, trouvés à l'intérieur de ses Essais qui viennent tout juste d'être traduits, et aussitôt recopiés à l'intérieur de mon carnet.

- Et c'est parce que ses mots me manquent que les photos de son visage sont nécessaires ici aussi.

ADELAP3.jpgJe ne peux pas résister. Je prends les images, je les affiche en plein écran et j'essaye de comprendre ce que me disent les yeux d'enfant que je regarde dans la pénombre, pendant qu'au dessus mes enfants dorment dans les étages. Ce qui me vient c'est l'archaïsme de la photographie, proche de ces mains négatives dont le contour se dessinait sur les parois de Pech-Merle. Je ne comprends pas tout mais le désir de se tenir silencieux et vivant face aux photos est aussi archaïque que la prise des images, projection d'une ombre et des lumières qui l'entaillent. Juste un peu de chair restituée, le grain de la peau regardée et dessous tout le sang dont on sait l'existence, à la surface seulement le tremblement. Le reste est encore hors de portée, entassé à l'intérieur d'un halo incompréhensible sans le poème de Hasuo :

Tout en larmes
Assis il raconte
Sa maman l'écoute

(traduction Maurice Coyaud)


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