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18/04/2010

Te revoilà, déesse

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Raymonde April. "Te revoilà, déesse. ( triptyque )" 1980.
épreuves argentiques de 40,5cm x 50,5 cm

 

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Raymonde April. 1979.
épreuve argentique, 40,5cm x 50,5 cm

 

06/03/2010

La légende de Walter Benjamin

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Jochen Gerz "Life", 1974

Photo/texte : le dispositif a la vie dure, malgré l'obsolescence et la dépréciation annoncée de l'une et de l'autre. Il vieillit lui aussi, certes, mais il garde des ressources. On le voit tanguer, basculer vers l'une, revenir vers l'autre, choc et contre-choc, poids et contrepoids. Un temps, ce dispositif a paru solidement ancré par une puissante utopie théorique et politique, celle décrite par Walter Benjamin qui attribue à la légende de l'image le pouvoir (et le devoir) d'en stabiliser le sens. "La légende, a-t-il pu écrire, ne deviendra-t-elle pas l'élément le plus essentiel du cliché ?"

Régis Durand, Préface à Les témoins, Jochen Gerz, Printemps de Cahors, 1998

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Jochen Gerz - The Tasman woman

Installation

6 photographies et 1 texte
Chaque cadre : 40 x 50 cm
(installation aux dimensions variables)
Mervyn Horton Bequest Fund 1987

 

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25/02/2010

Avec mes yeux

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couverture.jpg25 portraits d'enfants. Face à eux le photographe, Yannick Lecoq, leur a demandé de « poser devant l'appareil sans aucune expression.» Les regards ne fixent pas, accrochés au vide face à eux. Le livre s'ouvre sur deux cahiers bien distincts : Celui de gauche renferme les textes, celui de droite, les clichés. Si bien que le lecteur peut feuilleter l’un, tout en lisant l’autre, découvrant simultanément des regards enfantins particulièrement intenses et les mots qui s’y rapportent, dans leur langue d’origine, en français pour la plupart d’entre eux, mais également dans leur traduction allemande.

Les enfants des photographies vont le matin à l’école maternelle du Plessis Grammoire, un village près d’Angers. « L’instituteur souhaitait une galerie de portrait d’enfants, sans sourire, sans expression, presque des photos exigées désormais pour les documents d’identité. L’idée me plaisait » dit Yannick Lecoq.  Qui d'autre qu'un poète pour raconter le questionnement d'un visage à 5 ans ? Ils seront 29 à accepter d'interroger ce regard par les mots. Verlag im Wald, l'éditeur allemand, décide de traduire chacun des textes en allemand, ce qui donne pour finir un livre vraiment à part.

«
Les visages des enfants n’expriment aucun désir. Le photographe les a pris en photo au moment où toutes les aspirations et pulsations se sont retirées dans les angles secrets du corps ou de l’esprit. Mais les enfants ne paraissent pas moins vivants parce qu’ils retiennent ou cachent leurs émotions », précise John Taylor dans la préface du livre.

Deux extraits juste. Le premier de Mohammed El Amraoui :

ouverts / fermés, mystérieux :
Et chaque fenêtre ouverte, mais on dirait comme une bouche cousue.

Le second d'Antoine Emaz :

Mais les enfants creusent du dedans, posent le visage comme masque.

Et les 29 : Paul Badin, Hervé Bauer, Jean-Louis Bergère, Daniel Biga, Alexandra Bougé, Didier Bourda, Olivier Bourdelier, Bernard Bretonnière, Christian Bulting, Patricia Cottron-Daubigné, Christian Degoutte, Ludovic Degroote, Pierre Dhainaut, Nicole Drano Stamberg, Mohammed El Amraoui, Antoine Emaz, Claude Favre, Albane Gellé, Fred Griot, Cécile Guivarch, Roger Lahu, Thierry Le Pennec, Camille Loivier, Henri Meschonnic, Fabio Pusterla, James Sacré, Jean-Claude Touzeil, Pierre Antoine Villemaine.

20/02/2010

Jim Goldberg - Raised by Wolves

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Jim Goldberg - Raised by Wolves

"Mon travail repose sur la confiance", explique Jim Goldberg et on veut bien le croire. Chaque photo en apporte la preuve. "Je n'arrive pas à travailler correctement en me contentant de mitrailler mon sujet, même si certains diront le contraire. J'ai vraiment l'impression que l'intimité et la confiance me guident dans mon travail".

Entré chez Magnum Photos en 2002 en tant que membre associé, Jim Goldberg en est devenu membre à part entière en 2006. Pourtant, sa façon de raconter la réalité n'a pas grand chose à voir avec le photojournalisme.

Après avoir étudié la photographie à l'Art Institute de San Fransisco, Jim Goldberg se met à combiner image et texte pour essayer de manifester une réalité humaine dans toute sa profondeur. Le livre Rich and Poor, publié en 1985, est le fruit d'une divagation entamée en 1977 à travers le monde des chambres d'hôtels miteuses avant de se poursuivre dans les intérieurs opulents de la bourgeoisie américaine.

Ce livre prend la forme d'une série de portraits, chaque photo étant accompagnée de notes manuscrites décrivant les réactions ou les émotions ressenties par le sujet lorsqu'il s'est retrouvé confronté à sa propre image. Cette juxtaposition des deux extrémités de l'échelle sociale est le résultat d'une étude approfondie du mythe américain, qui explore le portrait de manière innovante, en montrant bien sûr l'apparence extérieure de l'individu, mais aussi ses pensées intérieures, afin de le représenter dans sa plus totale globalité.

JGNY.jpgJim Goldberg poursuit cette approche intime dans Raised by Wolves, un autre livre étourdissant où il explore les origines de la délinquance juvénile aux États-Unis. L'objectif de Goldberg a suivi plusieurs adolescents rencontrés dans les rues de Los Angeles à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Ces jeunes s'ouvrent sans complexe au photographe ; beaucoup se révèlent terrifiés par la violence, d'autres font part de leurs espoirs et ambitions. En combinant photos, interviews, notes personnelles et fac-similés, Goldberg parvient à produire une sorte de scrapbook d'émotions brutes. 

Le travail de Jim Goldberg est sollicité par de nombreux magazines, tels que "Details", "George", "Flaunt", "Nest" et "The New York Times Magazine". Il expose depuis plus de vingt ans. Son travail auprès de différentes sous-cultures sociales et sa manière innovante de combiner images et texte font de son travail une aventure à part dans la photographie contemporaine. Il travaille actuellement sur une autobiographie fictive et prépare un reportage sur les immigrés en Grèce. Il est également professeur d'art au College of Arts and Crafts (Arts et Métiers) de Californie.

16/02/2010

Le voyage sentimental, encore

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« 6. Senchimentaru na tabi contient une image assez célèbre et à juste titre, représentant Yoko allongée dans une barque, image dont Araki, se souvenant, raconte : « Cette image évoque pour moi le passage de la rivière qui sépare la vie de la mort. Yoko et moi, nous venions de faire l'amour très fort - et c'est pourquoi elle est endormie ainsi dans le bateau. Nous étions descendus dans une vieille auberge japonaise de Yanagawa qui s'appelait O-hana. J'ai pris la photographie sans vraiment réfléchir mais regardez et vous verrez qu'elle représente le voyage vers la mort, vers l'autre monde. Regardez comment Yoko est couchée dans la position du fœtus. Elle s'est mise ainsi naturellement. C'est drôle, n'est-ce pas ?».

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Philippe Forest, Araki enfin - L'homme qui ne vécut que pour aimer. Gallimard, 2008, p.67.
Araki, Voyage sentimental, Museo Pecci Prato / Centre national de la Photographie, 2000.

10/02/2010

CRY BABY !

 

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Janice Williamson est enseignante à l'université d'Alberta, au Canada et a publié plusieurs livres dont aucun, à ce jour, n'a encore été traduit en français. Plusieurs de ses livres utilisent le récit et la photographie, dont Crybaby !, édité en 1998 par NeWest, l'éditeur canadien d'Edmonton. Il s'agit d'un récit autobiographique où l'auteur raconte ses souvenirs d'inceste, en confrontant son travail de mémoire à certaines photos de famille prises par le père, durant la période de ces rapports sexuels qu'il imposait à sa fille. Huit photographies sont reproduites dans le livre, recto et verso car le père de Janice W. avait l'habitude d'y consigner, en plus de la date, quelques phrases liées au moment de la prise de vues.

Bien sûr, ce qui intéresse l'auteur dans ces images, c'est ce qu'elles ne peuvent montrer. En se référant à Marguerite Duras, elle prévient  que la seule possibilité sera de ne rien dire : "... to say nothing. But that can't be written down." J. Williamson utilise ici ces images pour démontrer qu'elles empêchent le souvenir, en formant une histoire attendue, une enfance conforme à ce qu'on peut se représenter d'une vie de famille dans les années 50 en Alberta. "These photographs are not about finding "the truth" of my childhood. They are childhood. A possible account." (1)Et plus loin : "this photograph is a visual signal of the unsayable." (2) "La photographie est le signe visible de l'indicible," et sert ici à amplifier le récit d'un traumatisme d'enfance qui n'est pas sans lien avec la stérilité dont souffre depuis J. Williamson. Dans un texte intitulé Le silence photographique, un geste provocateur (3), Nancy Pedri explique la démarche de J. Williamson comme la mise en évidence d'un silence photographique : "L'image photographique n'explique pas", écrit-elle. Bien au contraire, elle est "le lieu des illusions poétiques qui fonctionnent au-delà du compréhensible, au-delà du texte." (4)

La principale réponse de Janice Williamson à cet inceste et à cette stérilité sera d'adopter, un an après la parution de Crybaby !, une petite fille de 17 mois et née en Chine, dans le sud de la province de Guandong. Cette expérience donnera lieu à un autre récit autobiographique, où c'est d'une autre enfant dont il s'agira, comme une revanche accomplie, une maltraitance transformée en bonheur d'être mère à travers les frontières.
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(1) Janice Williamson, Crybaby!, Edmonton, NeWest, 1998, p.25/
(2) Janice Williamson, op. cit., p.29.
(3) Nancy Pedri, Le silence photographique, un geste provocateur, Littérature et Photographie, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008
(4) Nancy Pedri, op. cit., p. 397.

Bibliographie de Janice Williamson
Tell Tale Signs: fictions
- Turnstone Press, 1991
Sounding Differences: Conversations with Seventeen Canadian Women Writers
(UTP, 1993)
Up and Doing: Canadian Women and Peace (Women's Press, 1989
Dangerous Goods: Feminist Visual Art Practices
(Edmonton Art Gallery, 1990)
Hexagrams For My Chinese Daughter: A Mother's Journal (à paraître)

19/11/2009

Supermother ma maman

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EzbietaJablonskaSuperMother2.jpgDans la série photographique « Home-Games » d'Elzbieta Jablonska, le Superman devient une Supermother, pour qui les actes héroïques quotidiens consistent à être une femme au foyer, à élever des enfants, avoir un travail, être une mère, une épouse, une gouvernante, une maîtresse, une amie, une employée et une femme séduisante, tout ça en même temps. et tous les jours. Ces nombreux rôles assignés aux femmes modernes sont souvent contradictoires et exigent des capacités surhumaines d’exécution simultanée, frôlant le miracle si on y pense. Bien que ce soit les Supermothers plutôt que les Supermen qui fassent tourner le monde, leurs efforts sont à peine détectés. Leurs actes, n’étant pas du tout spectaculaires ni mémorables, sont en plus effectués à la maison, dans la vie tout à fait quotidienne, quasi invisibles aux yeux des hommes qui n'en parleront pas. Et ce travail me touche, parce que derrière la mascarade il y a une vérité sexuelle que l'art ne dit pas d'habitude, pas souvent, pas avec cette intelligence. Cette vérité nos enfants la connaissent. Leurs mères sont des femmes magnifiques, des femmes qui courent  la nuit avec les loups pour éviter de dépérir, mais qui le jour exécutent mille basses besognes en essayant de tenir la longueur.

« Supermother attire les enfants parce que c'est une vision inspirée par mon fils,» explique Elzbieta J. Une maman met en scène le regard que son enfant peut porter sur elle, et ça donne des images qu'on ne voit pas ailleurs, conçues dans la complicité d'un enfant et de sa maman à lui qui est aussi artiste, trafiquante en images, révélatrice en zones d'ombres.

Elżbieta Jabłońska encore : « Ordinary everyday affairs are usually a very compelling area of work. I have a private but rather popular theory that the very decision to get up in the morning is a heroic deed. I'm fascinated by cycles, the repeatability of everyday actions, and apparent boredom that we must humbly accept. »


11/11/2009

1/25 de seconde.. elle était là, face à l'objectif et je ne l'ai pas vue..

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Les photographies quand elles s'effacent
© Elodi Laurent

Elodi Laurent est repartie au Mali, et je ne me souviens de ses voyages que deux images, impossibles à oublier. La première j'ai pu la découvrir sur son blog, le boudoir de grand-mère. Holga-petite-fille.jpgUn visage de petite fille simplement légendé Holga-petite-fille.jpg, dont j'ai imprimé une copie pour l'afficher au mur de la chambre où je dors. Besoin d'images autour du lit et d'une bougie la nuit pour regarder. Comme un volcan qui sommeille, obligé. La deuxième image n'est pas en ligne sur le boudoir, c'est une photo qu'Elodi Laurent m'a postée juste avant d'embarquer pour le Mali.

Voici ce qu'elle m'écrivait dans la nuit du 3 au 4 novembre :

Tieri,,

J'ai bien reçu votre message, mon esprit était ailleurs ces derniers jours, plus tout à fait ici, pas encore là-bas. Le voyage commence toujours avant l'arrivée dans le pays !

Les heures passent, la pression monte. Autant d'appréhension que d'impatience. Peur de ne pas voir, de ne pas arriver à partager... des idées de photos mais je sais que sur place, je ferai autre chose.. mais je pars en bonne compagnie, je vais revoir quelques personnes.. j'espère que ce voyage aura un sens..

Je ne sais pas comment raconter le truc.
Au village, Bedecurumba, je me baladais seule, puis tout un groupe de jeunes femmes m'a encerclé, elles étaient très enthousiastes de voir l'appareil, de faire des photos, car j'ai eu l'idée un peu de folle de passer mon appareil.. mais c'était du n'importe quoi, je voyais l'appareil voler de mains en mains, donc j'ai repris l'appareil et je l'ai fait passer, une personne à la fois..  je me souviens de ce moment et ce fut un peu "agressif"..
Donc j'organise les photos à apporter aux jeunes femmes..  puis je remarque une petite fille que je n'avais jamais vue.. elle se tenait à l'écart du groupe et elle était sur plusieurs photos, au loin, mais face à l'objectif..  et je regrette en voyant son sourire de ne pas l'avoir vue !!!

Finalement,, je n'ai tiré aucune photo de ce groupe,, seulement de la petite fille et j'espère la retrouver pour lui passer mon appareil, en plus, cette fois-ci nous avons une imprimante et elle pourra faire et avoir la photo de suite.

1/25 de seconde.. elle était là, face à l'objectif et je ne l'ai pas vue..

Bon,, là, je dois vraiment faire mon sac!
J'enverrai un mail à mon retour mais le lundi 30 novembre je serai à Arles.

Merveilleuse journée,,
A bientôt,,

Elodi

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22/10/2009

Le voyage sentimental

Araki_copy.jpgChers lecteurs.

Je n'en peux plus, et ce n'est pas parce que je souffre de diarrhée chronique ou d'otite. C'est seulement parce qu'il y a trop de photographies de mode autour de nous et que je ne supporte pas ces visages, ces corps nus, ces morceaux de vies privées et ces décors qui ont tous l'air aussi faux. Ce livre est différent de ces photographies truquées. Ce Voyage sentimental est un symbole de mon amour, le dessein d'un photographe. Je ne dis pas que ce sont des clichés vrais, simplement parce que je les ai pris pendant ma lune de miel. Mon point de départ en tant que photographe, c'était l'amour et je venais justement de commencer à travailler à partir de l'idée de watakushi-shôsetsu. Toute ma carrière, j'ai suivi la voie du watakushi-shôsetsu. Je pense que c'est le watakushi-shôsetsu qui est le plus proche de la photographie.

Araki. Préface à Senchimentaru na tabi (Voyage sentimental), 1971.

« En japonais, shôsetsu signifie « roman». Et watakushi veut dire « je ». C'est du moins l'un des nombreux mots dont dispose cette langue pour y servir  comme pronom personnel de la première personne du singulier. Littéralement, watakushi-shôsetsu devrait se traduire ainsi par « roman du je ». C'est-à-dire plutôt : « roman personnel », «autobiographique », ou encore, et si l'on veut user d'une catégorie critique tout à fait anachronique et exotique par rapport à son objet, « autofiction ».

Philippe Forest, Araki enfin - L'homme qui ne vécut que pour aimer. Gallimard, 2008.