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18/10/2009

Petite brouette de Terek le Tchétchène

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L'enfant du peuple Our dort encore quand j'écris. Dans son sommeil il a parlé et répété le mot papa, et sa respiration d'enfant dans la nuit est une présence qui apaise. Dans son sommeil et dans la vie, il porte ce nom d'un fleuve en Tchétchénie et aime tirer à l'arc, comme autrefois les bandits et les chasseurs du Caucase. Mais depuis l'été, il marche dans les rues d'Arles avec autour du cou un appareil photo trop lourd, le vieux Canon avec lequel nous avions fait, il y a 5 ans maintenant, les premiers livres d'Où sont les enfants ?

Pendant ces cinq années, des milliers d'images racontent  l'histoire de l'enfant Our et ses voyages, à commencer par ce périple interminable jusqu'à la mer avec Oscar, le vieux poisson  découvert au fond de son frigo. Petite brouette de survie continue, à cause de son esprit d'aventure, à cause de son envie de voyages le livre ne s'arrête pas.

Terek entretient avec ce livre une relation étrange. Il est devenu cet enfant qui veut s'aventurer, ami des animaux et explorateur de rivières. Son deuxième prénom, Folco, le lie d'autant plus à cet enfant noir et blanc qui, dans Crin-Blanc, devient l'ami du cheval pour échapper aux mensonges des adultes. 248.jpg
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17/10/2009

Légendaire Ylla

YLLA-LANDAU.jpgEn explorant le travail d'Ylla, je découvre quelle légende accompagnait à la fin de sa vie ses images. Ylla n'était pas l'inventrice de la photo animalière, mais en photographiant certains animaux elle leur donnait un visage. La différence est assez considérable, irréductible, humiliante aussi pour tous ces photographes qui transformèrent l'existence animale en surproduction d'images et d'ennui. Il faut des allumées, des aventurières capables de sauvagerie et d'amitié animale, prêtes aux passions et au danger pour accomplir la métamorphose d'une vision des sentiments animaux.guépard.jpg

En photographiant un guépard, Ylla parvient à faire le portrait d'un individu, Rachid, considéré par les Touaregs comme un prince et ami des enfants. Ses photographies racontent une biographie qui passera par des voyages à travers les frontières, plusieurs amitiés et une passion amoureuse avec Odette de Puigaudeau.

Comme beaucoup d'autres images encore inédites, les photographies d'Ylla donnent à l'animal un statut d'individu qui aujourd'hui, dans une société de masse et de massacre, peut sembler incompréhensible et même répréhensible. Il faudra imaginer de nouveaux livres, capables d'indiquer aux enfants de quelles fraternités animales on les prive. Si la vie parmi les hommes devient ce jeu misérable que nous montrent les images fabriquées pour fournir aux journaux, il faudra indiquer aux enfants d'autres joies, et réapprendre pour commencer la ferveur animale.

 

05/10/2009

Dominique Darbois et l'enfant au loin


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Pierre Amrouche, l'auteur d'Afrique Terre de femmes qui est aussi expert en art africain, vit aujourd'hui au Togo où il écrit de la poésie. Dans Terre d'enfants (2004), il explique sa trajectoire par la lecture de Parana le petit indien (1953), le premier livre pour enfants de Dominique Darbois : «ma vocation était née ce jour-là, vivre dans la nature au milieu des peuples libres. »

Les livres de Dominique Darbois, parce qu'ils sont illustrés de photographies, révèlent à l'enfant-lecteur une double liberté : celle de l'auteur-photographe qui transforme la vie quotidienne d'un enfant en véritable aventure, et celle de l'enfant photographié qui, à l'intérieur d'une culture traditionnelle encore basée le plus souvent sur la chasse et la pêche, imagine des jeux qui prennent souvent les dimensions d'une aventure humaine. Ces livres racontent un monde où l'aventure n'est pas encore interdite ou virtuelle, un monde d'arbres et d'animaux où les vivants se confrontent et s'apprennent.

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Est-ce parce que Dominique Darbois s'est construite une existence d'aventurière qu'elle a pu donner cette dimension d'aventure permanente aux vies d'enfants qu'elle raconte ? Prisonnière à 16 ans au camp de Drancy, elle ne va pas tarder à entrer dans la résistance avant de rejoindre, dès la libération, les forces féminines de l'armée française en s'inventant un nom – Darbois - et en trichant sur son âge. Elle partira sur le front d'Alsace-Lorraine avant de rejoindre l'Indochine où elle deviendra lieutenant. Elle survivra à une tentative d'assassinat à Hanoï, avant d'approcher à Calcutta des enfants errants au milieu des cadavres. Elle n'est pas encore photographe, mais elle ne va pas tarder à retourner là-bas faire le portrait des enfants d'Inde et de Chine.

L'aventure photographique

TACHO-Couv1.jpgLa photo, Dominique Darbois l'apprendra auprès de Pierre Jahan en 1947. Dès 1950, c'est André Gide qu'elle photographie pour illustrer un texte de Jean Cocteau. Avec deux comparses, elle monte alors une expédition dans une partie inexplorée d'Amazonie qui durera presque un an, à la rencontre des indiens wayanas. « Les enfants étaient libres, ils faisaient ce qu'ils voulaient, je n'ai pas entendu de pleurs, ni de dispute, » raconte-t'elle. Sur leurs corps, enduits de la teinture rouge du roucou, étaient dessinés leurs rêves et leurs désirs d'enfants. C'est là, dans le village de Yanamalé que Dominique Darbois rencontrera Parana, 6 ans, qui deviendra le personnage de son premier livre. Elle partagera son existence et celle de son jeune chien « le temps de quatre lunes », et inventera ce livre précurseur que Nathan publiera à son retour. C'est Claude Nathan, le fils de l'éditeur, qui aura l'idée de créer Les enfants du monde, une collection de livres pour enfants sur ce principe : pour réaliser ces vingt livres qui paraîtront jusqu'en 1978, elle apprendra à piloter des avions et des attelages de chiens, affrontera les tracasseries douanières et administratives de plusieurs régimes communistes sans jamais baisser les bras. Il en reste ces vingt portraits d'enfants qu'on n'oublie pas, pour effacer l'étoile de tissu jaune que Dominique Darbois porta à la fin de sa propre enfance, dans les rues de Paris. L'enfance est un eden, disent ses vingt livres, l'enfance est un âge d'or et ses photos ne veulent pas raconter autre chose, se refusant toujours à montrer la violence. Pas d'enfants-soldats ici, pas d'enfants traqués, l'étoile jaune a suffi. Et ces enfants qui partirent de drancy vers Auschwitz, elle se souvient les avoir vus monter dans les wagons. La beauté d'une civilisation se juge peut-être aussi à l'enfance qu'elle donne à vivre, au nombre de victimes et d'orphelins qu'on pourra dénombrer dans une population d'enfants.

La beauté des livres de Dominique Darbois, leur invention graphique et la tendresse de leurs récits aura enseigné aux enfants un sentiment de l'aventure, l'intuition que l'enfance demeure dans l'existence humaine la traversée d'une expérience commune, une audace face au monde qu'il faut apprendre à explorer, sous toutes ses latitudes.