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22/02/2010

Amelia's world

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Feathers, 2007

Robin Schwartz mène, depuis plusieurs années, un travail avec sa propre fille dont elle essaye de saisir le rapport, fait de mystère et de légendes avec le monde animal. Amelia's world est d'abord un livre qui vient de paraître aux Etats-Unis, édité par Tim Barber grâce à la fondation Aperture. Ces images donneront lieu à une expositon personnelle en février 2009, à la Point of View Gallery, à New York. La photographe insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas de documents mais de mondes inventés, un accès aux rêves qu'elles partagent en tant que femmes, filles uniques toutes les deux, intimes d'un monde animal où résonnent contes et légendes, amies d'animaux qui sont devenus des confidents autant que des compagnons de solitude.

Women in Photography : Robin Schwartz

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Investigation, 2007

19/02/2010

Une photo d'Amélie

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Annie m'envoie une photo prise par une enfant que je n'ai jamais rencontrée. D'elle je ne sais que son nom. Et qu'elle a attendu l'oiseau pour prendre la photo d'une fenêtre, l'envoyer à celle qui aime autant les fenêtres que les jardins de Pierre Bonnard. Je peux retourner lire Brodsky sous la pluie, en gardant l'image d'Amélie comme écho aux questions de l'écrivain : "Qui d'autre que la mer peut regarder les cieux face à face ?"

Et les poèmes se gorgent d'eau parce qu'en marchant j'apprends leurs mots l'un après l'autre. La mésange de l'enfant-photographe me sert de boussole pour indiquer devant la première joie : au nord le vent plus tiède de février, et dans le vent l'odeur de neige encore, bien au contraire des boues où je patauge. Le livre est maintenant trempé et pèse le poids d'un animal entre mes mains. Quand je rouvre les yeux, la pluie m'explique autour le ruissellement général des luisances, l'alignement des gouttes au long des branches. Pour qui veut voir, les premières perles donnent une vision des eaux du ciel comme un fragment.

22/09/2009

Présences animales


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Photo © Maïa Roger

Les photographies de Maïa Roger étaient affichées depuis longtemps au mur de la grange, derrière la rue à Vaillac. Au dessus de la photocopieuse et tout près du téléphone, si bien que je pouvais les scruter plusieurs fois par jour en parlant d'autre chose. Elles faisaient partie des quelques images que j'avais fini par connaître par coeur, petit morceau de mémoire autour duquel la rêverie peut embrayer sans forcer. Chacune des mises en scène de Maïa Roger convoque le monde confus des contes, là où les animaux peuvent parler à leur tour, accrocher aussi des rideaux aux fenêtres du terrier, parler d'amour comme on parle du beau temps, allongés dans l'herbe des pentes à l'automne.

Ce sont des images qui ont le pouvoir de raconter tout en renouant avec une amitié instinctive pour les présences animales, une amitié propre à l'enfance et qui s'en ira vite, plus tard, dans l'apprentissage du monde adulte où les animaux se verront relégués à l'écart. C'est cette enfance amicale, intriguée, instinctive que Maïa Roger parvient à approcher en images, et cela provoque une fascination qui ne se défait pas, se creuse à chaque nouvelle image que je découvre d'elle.

La disparition de Maman

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Eugène Savitzkaya - Photo © Hervé Guibert

La photographie ramène un tas de mots à la surface du regard, c'est son pouvoir et j'apprends comme je peux à l'affronter, en transformant le processus de résurgence par l'émotion  que je pourrais reproduire, chaque soir de cet hiver 2007 passé à peu près seul, en extirpant d'anciennes photos de leur boite en carton, en dépliant le papier bleu qui les emballe comme le tas d'autres images empilées face à moi sur la table. Lumière éteinte pour explorer chaque photo un peu plus tard dans la pénombre et décrypter, tout autour du visage qui revient, les phrases que j'allais lire dans le parc à seize ans, les cent fragments de LA DISPARITION DE MAMAN.

"Sur un fauteuil d'osier, un enfant pleure que personne ne regarde, que personne ne photographie."

Et cet enfant c'était moi à onze ans, sur la terrasse d'une clinique à Savigny-sur-Orge, après que le chirurgien m'ait opéré aux rétines, infligé ce bandage qu'il m'était interdit de retirer, sous peine de cécité absolue.

20/09/2009

Dans les photos qu'on n'oublie pas : Le grenier d'Estelle Dougier

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© Estelle Dougier - « Le grenier », 2007

Dans le courrier qu'on reçoit il y a parfois des ébauches de livres. Quelques photos et une idée. D'autres fois le livre existe déjà, objet précieux et important entre nos mains qui viennent d'ouvrir l'enveloppe. « Le grenier » est un de ces livres qu'on n'oublie pas, qu'on a gardé longtemps en hésitant. Un livre avec des photos d'Estelle Dougier et un poème d'Eléonore Cannone, qui avait fait paraître la même année  « Elle, pinces et dépendance», son premier roman aux éditions de l'Altiplano. Et puis un jour on décide que «Le grenier» ne sera pas un livre d'Où sont les enfants ? Une décision à contre cœur, parce que le texte est habité par l'esprit de l'enfance, au moins autant que les images. Il y a l'émerveillement des yeux qui découvrent, et en même temps la nostalgie pour une enfance passée. Cette nostalgie que les enfants ne peuvent pas ressentir. C'est ce projet, et quelques autres reçus au fil des mois, qui nous a fait imaginer une collection de photolittérature qui ne s'adresserait pas aux enfants.
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© Estelle Dougier - « Le grenier », 2007

Pendant l'été, Estelle Dougier est venue aux Rencontres d'Arles. L'occasion de croiser une photographe dont nous avions pu suivre depuis deux ans le travail, et d'imaginer avec elle d'autres livres. Le hasard a fait qu'elle avait exposé l'été dernier à L'atelier du midi, rue du Sauvage, ce lieu où Lucie Pastureau et Lionel Pralus montraient leur travail en juillet. Voici ce qu'Estelle disait des photographies du Grenier, à l'occasion d'une interview pour le webzine Platform (numéro 5) : « De façon générale, je suis très attirée par l'univers de l'enfance et des souvenirs qui y sont liés. J'ai eu l'idée ( je ne sais pas vraiment comment ) de faire des photographies d'un vieux grenier où l'on retrouverait des souvenirs de ces moments passés à travers de vieux jouets, d'anciens objets oubliés... J'aime ce type de lieu un peu fermé, à la fois nostalgique et poétique.»

D'autres photos d'Estelle Dougier sont visibles sur son site. Elles explorent les mondes de la nuit, de l'enfance et du spectacle tout autour de la rue Lepic où elle habite à Paris, dans d'autres villes à l'étranger où elle promène ce regard solitaire qui s'en va explorer. Il faut l'écouter raconter ses marches la nuit dans les villes, à l'affût des lumières et des reflets, son vieil Hasselblad 501 CM posé sans pied à même le sol. Accroupie au dessus du boitier, elle cherche l'image et inquiète un peu les noctambules qui viennent l'interroger, si bien qu'ils peuvent se retrouver eux aussi à l'intérieur de l'image. La photographie peut devenir ce piège que provoquent la nuit les rencontres.

A lire aussi : Estelle Dougier, poésie et nostalgie sur lesPHOTOGRAPHES.com

 

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© Estelle Dougier