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27/10/2009

Zoran et la peinture

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Gare venezia.JPGAvec le vent le soir devient rose et sur la terrasse, j'observe les jeux du crépuscule en sirotant la grenadine des enfants. J'ai ramené dans mon sac le dernier livre offert à Madeline, roman d'amour qui me parle de Venise et de Zoran Music, un peintre qui a vécu là-bas les dernières années de sa vie, rescapé de Dachau.

A l'atelier des Beaux-Arts où j'apprenais la peinture à Paris, Zoran Music était venu nous parler de ses couleurs, presque aussi pâles qu'un vieux drap lavé trop souvent quand il sèche au soleil :zoran_music.jpg «J’aurais voulu que la lumière sorte de la toile», expliquait-il. Sa voix tremblait de vieillesse mais je me souviens de la phrase pour l'avoir notée dans un carnet d'atelier, puis répétée à Marcelin qui écrivait son livre sur Giorgone, et enfin pour l'avoir recopiée vingt ans plus tard dans le livre de Théo. Et je commence seulement à comprendre, à pénétrer maintenant la phrase du très vieux peintre. Zoran Music utilisait l'acte de poser la couleur comme une méthode de désenvoûtement.zm.gif Il tremblait à chaque coup de pinceau, il lui fallait désactiver la hantise des images ramenées de Dachau, ces visages émaciés de déportés où l'on pouvait deviner le masque du cadavre qu'ils allaient devenir. Seule Venise, le livre de Madeline raconte les dessins du charnier de Dachau, puis la tentative de peindre l'extrême civilisation vénitienne après la barbarie : la couleur qui poudroie sous les yeux,  l'architecture envahie d'eau, l'aqua alta comme une menace qu'on traverse malgré tout. Dans Venise les chats se cachent et Zoran peint. Il ne sait pas comment faire autrement. Et sa peinture, racontée dans le roman de Claudie Gallay, permet peu à peu de réapprendre à aimer.

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Zoran Music, Venezia, 1979.

D'accord je continue mon chemin, je n'irai pas demain à Venise - David excuse-moi - mais je vais reprendre la peinture - David merci de ta lettre au sujet des objets Am, et je cherche mes mots. Demain j'irai peindre à nouveau, amoureux fou de la marchande de livres pour enfants, amoureux des yeux bleus de l'eau vive je veux retrouver le plaisir des couleurs. Comme dans cette toile - V O R - dont tu m'as envoyé la photo, peinte à l'automne 1990 avec Théo dans son couffin à l'atelier près de moi : Il s'endort la toile est blanche, il se réveille la toile est peinte. Je l'avais presque oublié: ses yeux quand il les rouvre et reste à regarder l'image apparue. Après demain, quand les enfants reviendront de vacances je partagerai la peinture avec eux : broyer les couleurs, mélanger l'huile de lin au baume de Venise et à l'essence de Térébenthine, charger le pinceau et déposer la couleur à l'intérieur de la couleur. David, Sandrine, Edith, Anne et Titan vous viendrez voir les tableaux ?



Tieri Briet, Eotham V O R, 1990.